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La Basilique de la Nativité à Bethléem

Table des matières

La Basilique de la Nativité est reconnue par les croyants comme le lieu de naissance de Jésus. Elle fait partie des plus anciennes églises du monde en ayant été construite au IVe siècle par l’empereur romain Constantin Ier. Elle fut restaurée au VIe siècle sous l’empereur romain d’Orient Justinien le Grand. Depuis 2012, elle fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO et représente un haut lieu de tourisme et de pèlerinage. Afin de mieux connaître la Basilique de la Nativité de Bethléem, nous allons étudier son histoire, son architecture et nous clôturerons par des informations générales sur le site.

Histoire de la Basilique de la Nativité

Jésus serait né au cœur d’une étable à Bethléem selon le troisième des quatre évangiles, celui de Luc. D’après l’évangile selon Matthieu, les rois mages adorent le nouveau-né également à Bethléem. Ce n’est qu’au second siècle de notre ère qu’une légende dit que l’Enfant Jésus serait né hors de Bethléem dans une grotte où Marie et Joseph avaient dû se réfugier.

Si les écrits de Luc et de Matthieu paraissent romancés, les historiens sont hésitants en ce qui concerne la ville de naissance de Jésus. Ils penchent pour Nazareth qui sera le lieu qui le verra grandir, mais n’excluent pas le village de pêcheurs de Capharnaüm qui apparaît régulièrement dans les évangiles. Ils pensent également qu’il pourrait s’agir de Chorazeïn, car Jésus paraît attaché à cette petite ville de Galilée.

Les exégètes, qui sont missionnés pour étudier les textes sacrés en profondeur, semblent dire que les évangiles qui situent la naissance de Jésus à Bethléem seraient théologiques. Dans les faits, il semblerait que les évangélistes aient souhaité prouver que Jésus se conformait à la prophétie de Michée qui dit que le Messie sauveur du peuple juif doit faire partie de la lignée du roi David issu de Bethléem.

Grâce à ces écrits, la grotte de Bethléem est vénérée dès le IIIe siècle. La première basilique sera érigée sur ce site sous l’empereur Constantin Ier entre 327 et 333. Commandée par l’impératrice Hélène, mère de l’empereur, l’église sera consacrée par ses soins le 31 mai 339. L’abside de l’église est positionnée juste au-dessus de la grotte, conformément à la tradition qui tire ses origines dans les textes d’Eusèbe de Césarée et d’Égérie.

Le moine Jérôme de Stridon s’y installe alors et fonde un monastère en 386 à Bethléem. La basilique comporterait une grotte, dans laquelle il aurait traduit la bible. Il écrit en 395 que la grotte recevait un culte chrétien avant la construction de l’église constantinienne.

Ce culte aurait alors, selon lui, été transformé par les païens sous Hadrien en 135, et ce jusqu’à la prise de pouvoir de l’empereur Constantin. Il écrit qu’un bois sacré, dédié à Adonis, recouvrait alors le site. Cependant, les historiens biblistes actuels pensent que ce serait en fait l’inverse. Adonis aurait été adoré en premier et le lieu serait ensuite passé sous culte chrétien.

Cette première basilique fut incendiée entre 529 et 556 durant la révolte des samaritains contre les colons byzantins. Elle fut alors reconstruite en 565, sous la forme qu’on lui connaît de nos jours, par l’empereur Justinien. Le bâtiment est alors plus spacieux pour mieux s’adapter au besoin des différents cultes, rites et cérémonies dispensées.

La construction ne souffre pas lors de l’invasion perse de 614. Une légende raconte d’ailleurs que le commandant perse aurait demandé à ce que la structure religieuse soit épargnée. Cette demande serait relative au fait que les rois mages portent des vêtements d’origine perse. Il est également rapporté que les musulmans, alors dominants, auraient souhaité épargner l’église.

En 1099, un décret de Fatimide du Caire, également appelé « le calife fou », ordonne la destruction des lieux de cultes, juifs et chrétiens. Cependant, les musulmans s’opposent à la destruction de la Basilique de la Nativité, car ils viennent d’obtenir le droit d’exercer leur culte dans le transept sud. Dans les faits, les chrétiens attachés au sanctuaire sont rançonnés régulièrement par les musulmans pour que l’édifice soit conservé intact.

Durant l’ère du Royaume de Jérusalem, les Croisés sont autorisés par l’empereur byzantin à faire des ajouts et des réparations à la basilique. Le premier roi de Jérusalem, Baudouin de Boulogne, est alors couronné en l’église. Ces ajouts incluent surtout des fortifications massives destinées à la protéger des attaques de tribus nomades du désert, des fanatiques, ou des envahisseurs en tout genre.

Le chevalier Tancrède de Hauteville annexe Bethléem qui devient alors un territoire normand en 1099. Le fief devient ensuite en évêché sur demande du pape en 1100. En 1187, la ville de Bethléem est prise par Saladin, premier dirigeant de la dynastie ayyoubide. Elle est ensuite reprise par les Croisés, puis par l’Égypte au cours du XIIIe siècle.

Des missions en Terre sainte sont organisées par les franciscains au cours de ce même siècle et une de ces missions parvient à s’établir durablement à Bethléem. L’ordre franciscain se voit alors attribuer la grotte et le sultan leur accorde la jouissance de la Basilique de la Nativité ainsi que son entretien.

La basilique et la ville, alors sous domination musulmane, subissent un certain déclin jusqu’au XIXe siècle. L’édifice est confronté aux fréquents pillages et détériorations. La basilique subit alors de nombreuses restaurations. Elle est épargnée lors des séismes de 1834 et 1837, ainsi que lors de l’incendie de 1839, mais elle continue de se dégrader peu à peu.

C’est l’Église orthodoxe grecque qui intervient alors en 1842 avec pour but de diriger la restauration du bâtiment. Sont alors repris : la charpente, la toiture et les mosaïques. De grosses dalles de pierre seront également installées à la place du marbre qui avait été volé. En 1847, c’est l’étoile de l’autel de la Nativité qui est pillée.

Les Latins accusent alors les Grecs orthodoxes sous prétexte qu’ils n’auraient pas toléré l’inscription en latin sur l’ornement. C’est suite à cet évènement qu’éclate la guerre de Crimée qui opposa la Russie à la coalition de l’Empire ottoman, de la France, de la Sardaigne et du Royaume-Uni.

De nos jours, la Basilique de la Nativité est administrée par l’Église orthodoxe de Jérusalem, l’Église catholique et l’Église apostolique arménienne. Des monastères des trois églises sont présents sur le site. En 1852, un firman (décret royal) fixa les droits et les devoirs des différentes autorités religieuses ayant la jouissance du lieu.

Le traité de Berlin de 1878 garantit ce statu quo toujours d’actualité. La propriété de la Basilique de la Nativité est répartie comme suit :

  • L’Église orthodoxe de Jérusalempossède la partie principale de l’édifice religieux ainsi que les cinq nefs, le chœur, le transept sud et l’autel de la Nativité dans la grotte.
  • L’Église apostolique arméniennepossède le transept nord, l’autel et parfois, l’autel de la Nativité dans la grotte.
  • Le Patriarcat latin de Jérusalempossède l’autel de l’Adoration des Mages de la grotte de la Mangeoire ainsi que l’étoile d’argent située sous l’autel de la Nativité.

Cette cohabitation reste difficile, car chacun se dispute l’exclusivité des endroits stratégiques. Le sanctuaire fait toujours l’objet d’une rivalité fanatique et des conflits éclatent régulièrement lors de cérémonies impliquant plusieurs Églises. Certaines de ces confrontations sont allées jusqu’au meurtre comme en 1983, où deux franciscains furent tués. De violentes rixes ont également éclaté en 2007 et 2011, impliquant prêtres et policiers.

En 2002, l’Opération Rempart est mise en place par l’armée israélienne suite aux attaques cisjordaniennes envers des Israéliens. Bethléem est alors occupée et l’armée israélienne poursuit des militants palestiniens. 200 activistes palestiniens, redoutés par Israël en raison de leur potentiel terroriste, se réfugient dans la basilique le 1er avril 2002 soutenus par des membres du clergé.

Le siège dure 39 jours puis un accord est mis en place le 22 mai 2002. Si l’armée israélienne se retire, les Palestiniens évacueront les lieux saints. Ils peuvent alors s’exiler en Europe, à Chypre ou à Gaza sans être poursuivis. Les dégâts causés par près de deux mois de siège sont mineurs et tout est remis en état.

L’architecture de la Basilique de la Nativité

La basilique ne représente qu’une faible partie d’un immense ensemble architectural. Il couvre 12 000 m² et englobe le monastère latin au nord, grec orthodoxe au sud-est et arménien au sud-ouest ainsi que l’église catholique de Sainte-Catherine-d’Alexandrie. Des hôtels et des lieux consacrés à la prière sont également présents sur le site qui attire de nombreux pèlerins.

On pénètre au sein de la basilique par la place de la Mangeoire et on traverse le parvis, également appelé « place de la Nativité », originel de l’église byzantine. On peut donc trouver dans cet ensemble architectural la présence de deux églises et de la grotte de la Nativité, lieu de naissance de Jésus, selon la tradition.

De nombreuses transformations ont été faites au fil des siècles. Il n’existe aujourd’hui plus qu’une entrée alors qu’il y en avait trois au VIIe siècle. Ce sont les portes latérales qui furent condamnées à partir du XVIe ne laissant place qu’à la porte centrale. Pour se protéger des envahisseurs, les Croisés ont fortifié et également réduit l’entrée. Puis elle fut à nouveau réduite en 1515 toujours dans le même souci sécuritaire.

La porte basse évitait que l’on y entre à cheval et elle obligeait les fidèles à baisser la tête ce qui lui valut le surnom de « porte de l’humilité ». Cette porte unique sert donc d’entrée et de sortie. Ce sont les orthodoxes qui sont garants de la clé et ils ouvrent la porte dès l’aube pour la refermer une vingtaine de minutes avant que le soleil ne se couche.

La tradition grecque orthodoxe implique que la nef principale soit dépourvue de mobilier. Elle est simplement encadrée de quatre colonnades composées de 11 colonnes conçues en calcaire rose de Bethléem. Les pèlerins laissent généralement des inscriptions sur ces colonnes et quatre trous formant une croix sont visibles sur l’une d’elles. Les fidèles placent leurs mains sur ces trous où la Vierge Marie aurait posé sa main.

Des fresques, réalisées durant le temps des Croisés et représentant des saints, sont présentes sur 30 des 44 colonnes de la basilique. Des mosaïques byzantines recouvrent en partie les murs latéraux. Le sol, à la base en plancher de style roman, est aujourd’hui recouvert et les poutres de la charpente ont été fournies par le roi Édouard IV au XVe siècle.

Le maître-autel, gardé par les Grecs orthodoxes, présente une iconostase dorée. L’édifice est orné de lampes éternelles suspendues. L’abside de l’église franciscaine de Sainte-Catherine est située à l’extrémité orientale du sanctuaire. De chaque côté, des marches permettent d’accéder à la grotte.

La Grotte de la Nativité se situe sous la basilique. Elle mesure 12 mètres de long sur 3,5 mètres de large et 3 mètres de hauteur. Le site, qui aurait été le témoin de la naissance de Jésus, est éclairé par 53 lampes. Depuis l’époque byzantine, les parois de la grotte sont recouvertes de marbre. On y trouve deux escaliers latéraux qui mènent à des portes en bronze.

Les visiteurs sont très nombreux à s’y presser, c’est pour cela qu’un protocole strict est mis en place lors des visites. L’endroit exact serait, selon les écrits, indiqué par une étoile en argent sous « l’autel de la Nativité ». Cette étoile, possédant 14 branches, représenterait les 14 stations du chemin de croix ou encore les trois séries de 14 générations entre Abraham et Jésus.

Elle est percée, ce qui permet aux visiteurs d’embrasser la roche d’origine. Cette étoile, très convoitée, est à la base de nombreux conflits à l’échelle internationale. Elle fut d’abord installée par les catholiques en 1717, puis ôtée par les Grecs en 1847 ce qui déclencha la guerre de Crimée. Le gouvernement turc la remet en place en 1853.

Quinze lampes (6 aux Grecs orthodoxes, 4 aux catholiques et 5 aux Arméniens) éclairent l’étoile de jour comme de nuit. Elle porte l’inscription « Hic de Virgine Maria Iesus Christus natus est » ce qui signifie « ici naquit Jésus-Christ de la Vierge Marie ». Cet autel, qui est sous domination de l’Église apostolique arménienne, est pourtant considéré comme un lieu neutre.

Des draperies sont tendues et régulièrement changées au gré des offices religieux. « L’autel de la Mangeoire » figure aussi dans la grotte et serait traditionnellement le lieu où la Vierge Marie aurait installé Jésus nouveau-né. Juste en face se trouve « l’autel de l’adoration des trois mages ».

Ces autels sont en majorité utilisés par les Latins qui y font des processions notamment pour Noël. Il existe un passage souterrain, construit par les franciscains, qui avait pour vocation de leur permettre d’y accéder directement depuis leur cloître.

De l’amiante recouvre en partie les murs de la grotte depuis 1874 afin d’éviter tout risque d’incendie. On peut encore voir la présence des marbres d’origine sous le revêtement. Des œuvres sur bois et des tentures sont également disposées sur les parois de la grotte.

D’autres grottes font également partie de la crypte de la Nativité. Elles servirent notamment de tombeau à certains chrétiens dès le IIIe siècle. Certaines furent ensuite édifiées en chapelles comme :

  • La chapelle Saint-Joseph qui commémore l’apparition de l’ange qui indiqua à Joseph de fuir vers l’Égypte.
  • La chapelle des innocents qui commémore le massacre des enfants par Hérode.
  • La chapelle de Saint-Jérôme où ce dernier aurait traduit la bible en Latin et qui fut restaurée entre 1962 et 1964.

Selon la tradition, Saint-Jérôme, Sainte Paule et Eustochium seraient enterrés dans ces grottes mais aucune preuve historique ne vient appuyer cette théorie.

L’église de Sainte-Catherine fut quant à elle construite en 1882 par l’ordre franciscain à partir de ruines d’une église datant de l’époque des Croisés. Elle fut ensuite modernisée et agrandie durant le Concile Vatican II.

Un escalier se trouve dans la nef et permet d’accéder à un réseau de grottes, dont celle dans laquelle Saint-Jérôme aurait traduit la bible, et qui abritent des chapelles. Sous le cloître de l’église se trouvent les vestiges d’un monastère de l’époque byzantine. On accède à la chapelle des Croisés par une porte située au sud-ouest du cloître. On peut admirer sur les murs de l’église des fresques qui furent en partie restaurées en 1950.

Informations générales sur le site

Bien que restaurée de nombreuses fois, la Basilique de la Nativité a subi les dommages du temps. Depuis 2008, elle fait partie de la liste de l’observatoire des monuments mondiaux qui répertorie les cent sites ou monuments les plus menacés. Le Fonds mondial pour les monuments a d’ailleurs déclaré :

« L’état actuel de l’église est préoccupant. Les poutres de la charpente sont pourries et n’ont pas été remplacées depuis le xixe siècle. L’eau de pluie qui s’infiltre dans le bâtiment, non seulement accélère la pourriture du bois et porte atteinte à l’intégrité structurelle du bâtiment, mais endommage également les peintures et mosaïques murales du xiie siècle. La présence d’eau augmente significativement les risques de court-circuit et d’incendie d’origine électrique. Si un autre tremblement de terre, de l’ampleur de celui de 1834, venait à se produire, le résultat serait très probablement catastrophique. … Il est à espérer que son inscription sur cette liste encouragera à sa préservation, notamment en incitant ses trois gardiens — l’Église orthodoxe grecque, l’Église orthodoxe arménienne et l’ordre franciscain — à travailler ensemble, ce qui ne s’est pas produit depuis des centaines d’années. Le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne devraient également travailler ensemble pour la protéger. »

Les lampes à huile causent également un certain nombre de dommages sur les icônes, les fresques et les draperies.

La Palestine doit effectuer les travaux de restauration de la Basilique de la Nativité qui sont estimés à plus de 15 millions d’euros et doivent se dérouler sur plusieurs années. Des dons ont été envoyés par la Hongrie, la France, le Vatican, la Grèce et la Russie. En 2013 débute la première partie des travaux, essentiellement consacrés à la toiture et suite à un appel d’offres international où un groupe italien a été retenu.

L’équipe chargée des travaux découvre en 2018, grâce à leurs caméras thermiques et sous une couche de plâtre, la présence d’un septième ange sur la fresque de mosaïque byzantine qui recouvre les murs de la basilique. De nos jours, cette découverte est à nouveau visible par les touristes.

Lors du réveillon de Noël, les adeptes se regroupent sur la place de la Mangeoire. La messe de minuit se tient à des dates différentes selon le culte auquel on appartient.

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