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La guerre du Kippour

Table des matières

La guerre du Kippour est connue sous d’autres appellations telles que « guerre du Ramadan », « guerre d’Octobre » ou encore « guerre israélo-arabe de 1973 ». Elle se déroule du 6 au 24 octobre 1973 et oppose l’État d’Israël à l’Égypte et la Syrie alliées. Elle fait suite à l’attaque par surprise de la coalition de l’Égypte et de la Syrie sur le plateau du Golan et la péninsule du Sinaï. Le Sinaï, territoire égyptien, et le plateau du Golan syrien, étaient alors annexés par Israël depuis la guerre des Six Jours. L’attaque eut lieu le jour du Yom Kippour qui faisait également partie de la période de jeûne du ramadan cette année-là. En attaquant par surprise et forte en nombre, les armées ont bénéficié d’un à deux jours d’avance le temps qu’Israël puisse organiser une défense. Israël parvient à stopper l’attaque et à lancer une contre-offensive. Mais, cette attaque-surprise mit en lumière une certaine incapacité des services secrets israéliens et provoqua la démission de Golda Meir, alors Première ministre israélienne. Retour en détail sur la guerre du Kippour et ses rouages dans cet article.

Dans quel contexte éclate la guerre du Kippour ?

C’est dans un contexte particulièrement tendu qu’éclate la guerre du Kippour. Depuis le plan de partage de la Palestine et la création de l’état hébreu en 1948, plusieurs conflits ont éclaté entre Israël et les pays arabes. En 1967, Israël a gagné du terrain et conquis des territoires voisins, dont le Golan et le Sinaï, pour pouvoir se protéger des attaques fréquentes aux frontières. Entre 1967 et 1970, la situation est donc très tendue entre Israël et ses voisins : l’Égypte et la Syrie. En 1971, une longue chaîne fortifiée est construite (ligne Bar-Lev) le long du canal de Suez pour près de 500 millions de dollars.

En 1970, suite à la mort du président égyptien Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate est élu à la tête du pays et décide de reprendre ses droits sur les territoires occupés par l’armée israélienne. Connu pour être plus modéré que son prédécesseur, le nouveau chef de l’état souhaite négocier un traité de paix avec l’état hébreu, mais ce dernier doit en contrepartie s’engager à respecter la résolution 242 des Nations unies votée à l’issue de la guerre des Six Jours. Israël se méfie et avance que sans contrôle sur le Sinaï, leur sécurité militaire est fortement menacée. L’ancien président, assez impopulaire suite à ces actions, devait également selon certains historiens de guerre, mener une offensive contre Israël pour restaurer sa souveraineté et retrouver sa popularité perdue dès 1967.

Pendant ce temps, Hafez el-Assad, homme d’état et militaire syrien, renforce son armée en prévision d’une actionqui permettrait à la Syrie de retrouver son honneur militaire face aux autres pays du Moyen-Orient. Son but est de reprendre le plateau du Golan et de faire plier les Israéliens en vue de futures demandes. Il appuiera d’ailleurs plus tard les actions palestiniennes mises en place par l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) de Yasser Arafat naissante.

Le roi Hussein de Jordanie est quant à lui échaudé par la guerre de 1967 et ne souhaite pas entrer dans un nouveau conflit par peur de pertes trop importantes suite à celle de la Cisjordanie. De plus, une récente tentative de coup d’État de l’OLP et la crise de 1970 ont dessoudé les liens entre la Jordanie, l’Égypte et la Syrie. L’Irak refuse pour sa part de s’allier à la Syrie, car les relations diplomatiques ne sont pas au beau fixe et le Liban est, à cette époque, trop limité militairement pour se lancer dans une guerre.

Juste avant que la guerre n’éclate, Anouar el-Sadate tente par la voie diplomatique d’obtenir des soutiens auprès des états de la Ligue arabe, des états non-alignés, c’est-à-dire des pays qui ne se positionnent pas en faveur d’une des grandes puissances mondiales, et auprès de l’Organisation de l’unité africaine crée en 1963. Le Conseil de l’ONU décide des aides de la France et de la Grande-Bretagne et l’Allemagne (alors RDA) fait envoyer du matériel à l’Égypte.

Dès 1972, Anouar el-Sadate déclare qu’il compte déclarer la guerre à Israël même s’il s’estime plus faible militairement. Il se dit prêt à « sacrifier un million de soldats ». Pour préparer l’offensive, les généraux qui avaient échoué en 1967 sont remplacés. L’URSS appuie cette déclaration de guerre en envoyant des Mig-21, des missiles sol-air, des tanks T-62, des roquettes antichars et des missiles anti-tanks. Les Soviétiques envoient ce matériel de guerre aux Égyptiens, car en 1967, l’Égypte avait menacé de se tourner vers les États-Unis s’ils ne leur fournissaient pas des armes de haute technologie. Il faut savoir qu’Israël est équipé par les Américains, il faut donc de l’armement capable de concurrencer l’état hébreu.

Pourtant, l’URSS aimerait éviter qu’une nouvelle guerre israélo-arabe n’éclate, car elle se retrouverait en position conflictuelle avec les Américains. On est en période de Détente et les deux puissances tentent de trouver un arrangement pour maintenir ce statu quo. Mais, les Égyptiens qui sont sur le point de passer le canal de Suez, apprenant cette rencontre à Oslo, décident de renvoyer les Russes. Ce sont donc 20 000 militaires soviétiques qui sont expulsés afin de promouvoir une politique plus favorable à l’encontre des États-Unis. Mais, stratégiquement, les Soviétiques conseillent aux Égyptiens de revoir leur position sous peine de perdre trop d’hommes en attaquant les fortifications érigées par les Israéliens à Suez. Le président Brejnev demande à Israël de laisser les frontières libres et de revenir à la situation avant la guerre de 1967 afin d’éviter la guerre.

Mais, Israël continue de recevoir des menaces ouvertes de la part de l’Égypte et la déclaration de guerre est maintenue, le 24 octobre 1972, même si l’URSS devait suspendre son soutien. L’état hébreu se tient en alerte et de nombreux exercices et manœuvres militaires sont mis en place par ses voisins. Le plan d’attaque est orchestré secrètement par les commandants des armées arabes. L’Égypte et la Syrie forme une coalition et l’opération en prévision est nommée « Opération Badr » soit « pleine lune », en référence à la première victoire de Mahomet à La Mecque contre des habitants pourtant en surnombre.

Depuis quelque temps, les services secrets d’Israël avaient élaboré des hypothèses relatives au risque d’une offensive. Ces hypothèses, appelées « Conception », mettaient en avant plusieurs points qui laissaient à penser que l’Égypte ou la Syrie n’attaqueraient pas. Voici les trois principaux éléments sur lesquels se sont basés les services secrets :

  • La Syrie ne pourrait entrer en guerre sans le soutien de l’Égypte.
  • Selon Ashraf Marwan, informateur égyptien, surnommé l’Ange, même si l’état souhaitait reprendre ses droits sur le Sinaï, il attendait que les soviétiques livrent des chasseurs-bombardiers pour contrer la puissance des forces de l’armée de l’ai israélienne et des missiles pour bombarder les villes israéliennes à distance.
  • Ces matériels devaient être reçus fin août et les forces égyptiennes devaient être formées à l’utilisation de ces armes durant quatre mois.
  • Il fut également défini que l’armée égyptienne n’était plus en position de force suite au renvoi des conseillers militaires soviétiques.

Des alertes ont pourtant été recensées, mais ces hypothèses ont pris le pas sur ces dernières. De plus, par deux fois en mai et en août 1973, l’armée israélienne s’est mobilisée suite aux manœuvres militaires des soldats égyptiens à la frontière, ce qui engendra un coût important (10 millions de dollars) sans attaque derrière. Cela renforça d’autant plus la Conception et le poids d’un conflit imminent se mit à moins peser, tellement qu’il est question dès le mois de septembre de réduire la durée du service militaire.

On assiste pourtant à une intensification des exercices des troupes égyptiennes la semaine de Yom Kippour. Il s’agit de manœuvres près du canal de Suez et de quelques mouvements à la frontière avec la Syrie, mais comme les services secrets l’avaient défini, une attaque sembla impossible sans le matériel militaire soviétique. Il semblerait que Hussein de Jordanie eut été informé de l’imminente offensive, mais il choisit de ne pas engager ses troupes. Il prit également un vol secret le 25 septembre 1974 en direction de Tel-Aviv, pour informer Golda Meir de la forte probabilité d’une attaque de la Syrie dans les semaines à venir.

Une fois de plus, cet avertissement fut minoré et les agences de renseignement israéliennes continuèrent à penser cette attaque impossible. Mais, quelques heures avant l’offensive militaire, une rencontre entre le chef du Mossad et Babel fit prendre conscience de la gravité de la situation aux forces de défense israélienne. Des soldats furent alors mobilisés par précaution et facilement rassemblés, car en ce jour de Yom Kippour, ils se trouvaient chez eux ou à la synagogue. Si l’état avait déjà opéré ainsi par le passé, ce fut la première fois qu’Israël dut faire face à une attaque par surprise, mise au point dans le plus grand des secrets. Les militaires israéliens n’avaient pas considéré le fait que l’armée égyptienne s’était notablement améliorée. 

En effet, les soldats égyptiens sont davantage entraînés et équipés, notamment en missiles antichars et sol-air, connaissant la force de l’armée israélienne. Il y a une réelle cohésion de groupe et une unité, car il n’y a plus de conflits internes anarchiques. De plus, les précédents généraux ont été évincés. En se postant au Sinaï, les Israéliens pensaient contrer les attaques des Égyptiens qui, songeaient-ils, voudraient détruire Israël. Mais dans les faits les Égyptiens souhaitent attaquer l’armée israélienne directement en se protégeant avec leur attirail anti blindés et anti attaque aérienne. La défense israélienne se fait alors plus complexe dans cette configuration. Les Égyptiens ont tout fait pour donner de fausses pistes aux renseignements israéliens. Ils les ont induits en erreur en mettant en scène de fausses problématiques de maintenance ou de manque de matériel et de personnel. L’intégrité de l’agent Ashraf Marwa est elle aussi remise en question : aurait-il trompé les Israéliens ?

Les Israéliens avaient un plan d’attaque envers l’Égypte, avec un préavis de 48 heures, dans le cas où les services secrets déclaraient qu’une offensive était sur le point d’éclater. Le jour du Yom Kippour, le Premier ministre, le militaire et homme politique Moshe Dayan et le général Elazar se rencontrent, mais l’imminence de la guerre leur paraît toujours improbable. On est pourtant à moins de 6 heures de l’attaque. De plus, Israël ne pouvait pas se permettre de donner l’assaut en premier pour continuer à bénéficier du soutien des Américains. Ne pouvant pas compter sur l’aide européenne, car la menace d’un embargo sur le pétrole pesait, Israël se résolut à ne pas attaquer, même de façon préventive pour conserver la possibilité de futures aides de la part des États-Unis. 

Le déroulement de la guerre

C’est donc le 6 octobre 1974 en début d’après-midi que les Égyptiens déclarèrent la guerre à Israël en envoyant tout d’abord l’aviation d’Hosni Moubarak bombarder les postes de commandement, les batteries, les stations de radars et trois des aéroports israéliens. Ils perdirent néanmoins onze bombardiers durant cette attaque. En même temps, des commandos, 8 000 soldats au total, infiltrent la zone du canal du Suez où 280 militaires égyptiens perdent la vie. Ils sont équipés, sachant qu’Israël peut très vite contre-attaquer, d’une artillerie lourde qui leur permet de détruire des tanks. Les Égyptiens occupent des postes surélevés afin de mieux pouvoir tirer sur leurs adversaires et leurs engins de guerre. Si en 1967, les Égyptiens étaient sortis de leur zone de couverture, ils ne reproduisent pas cette erreur durant cette offensive. De ce fait, les forces militaires aériennes ne peuvent pas les éliminer.

L’armée israélienne va alors de mauvaises surprises en mauvaises surprises. L’armée égyptienne est organisée et lourdement équipée. Les théories mises en avant jusqu’alors ne tiennent plus. Sans armes nucléaires, les Égyptiens traversent alors le canal de Suez en bateau pneumatique tandis que l’artillerie tire sur les postes israéliens. La ligne Bar-Lev fut alors intégralement prise par les Égyptiens hormis la fortification située le plus au nord, car les forces israéliennes n’eurent d’autre choix que de se mettre à l’abri dans des bunkers.

Les fortifications de la ligne Bar-Lev intégraient de nombreux blindés qui étaient censés repousser les soldats ennemis en cas d’offensive. Cela aurait permis aux armées israéliennes d’avoir le temps nécessaire (environ 48 heures) pour se mobiliser. Mais, les forces égyptiennes utilisèrent des missiles Malyutka, compacts, qui furent acheminés facilement. Les chars pouvaient alors être détruits à 3000 mètres d’éloignement ce qui mit en échec cette stratégie pourtant bien rodée. Ce fut la première fois dans l’histoire des guerres que des blindés furent mis en déroute par l’infanterie.

L’aviation également fut mise en échec à la surprise générale. Israël comptait en effet sur sa supériorité dans les airs, mais l’Égypte utilisa les missiles aériens dernier cri qui étaient équipés de radars. Ce fut un véritable carnage humain et matériel, tellement que, les avions israéliens restèrent à moins de 5 km du canal sous-ordre de l’état-major. Enfin, les Israéliens et leurs services de renseignements n’avaient pas anticipé la capacité du génie égyptien qui parvient à construire plus de 20 ponts enjambant le canal.

Suite à cette succession d’événements, l’Égypte est en position de force. Au soir du 6 octobre 1973, 60 000 soldats sont désormais sur l’autre rive du canal ainsi que cinq divisions (la 6e, la 7e, la 12e, la 18e et la 19e) constituant la seconde et la troisième armée. Dans le désert, les militaires égyptiens adoptent alors une posture défensive plus propice. Elle gêne l’aviation israélienne dans ses manœuvres et se protège ainsi des missiles anti-aériens.

Les Israéliens perdent encore beaucoup d’hommes et leurs attaques ne portent pas leurs fruits. Shmuel Gonen, nouveau commandant du front sud, donne l’ordre de contre-attaquer à Hizayon, endroit où les chars sont le plus soumis aux tirs de missiles égyptiens. Ce fut un nouveau désastre accentué par une nouvelle attaque égyptienne durant la nuit. Ce fut la division d’Ariel Sharon qui permit de stopper ces attaques répétées et les ennemis adoptèrent alors une posture de défense.

L’Égypte, facilement mise en déroute lors de la guerre des Six Jours, montre alors des compétences opérationnelles et stratégiques surprenantes qui prennent les commandants de l’armée israélienne au dépourvu. L’armée égyptienne a su tirer des conséquences de son échec de 1967 et se réinventer complètement, notamment en instaurant l’usage de missiles. David Elazar procède alors à un remaniement des troupes israéliennes et le ministre de la Défense se veut assez défaitiste en établissant des rapports sensibles notamment en ce qui concerne les pertes humaines.

Mais, comme dans toute stratégie, une erreur ne tarda pas à venir. Anouar el-Sadate souhaita reprendre le combat le 11 octobre 1973 après plusieurs jours d’accalmie. Le chef de l’état-major égyptien Saad el-Shazly pense, en s’appuyant sur le fait qu’un commando égyptien est tombé lors d’une attaque précédente à l’est, que cela mettrait l’armée en danger et hors de la protection des boucliers de missiles sol-air. En règle générale, une attaque de surface était préconisée par tous les commandants des armées égyptiennes.

Pourtant, Anouar el-Sadate, lance quand même une attaque dès le 14 octobre et elle se révèle être particulièrement meurtrière pour les Égyptiens. 800 chars israéliens en posture défensive furent attaqués par 400 chars égyptiens et l’armée de l’air. Les Israéliens reprirent alors le dessus en détruisant 250 chars sur les 400 envoyés. Pour mener cette attaque, Anouar el-Sadate avait par ailleurs démobilisé deux divisions blindées qui occupaient l’ouest du canal de Suez. Cette zone vide profita à l’armée israélienne qui l’infiltra et déséquilibra fortement la stratégie égyptienne. Ce fut alors un véritable tournant dans la guerre du Kippour.

Dès le 15 octobre, Israël, fort des derniers événements, attaque en utilisant son infanterie. La division d’Ariel Sharon attaque les Égyptiens de la deuxième et de la troisième armée au sur déstabilisant un peu plus la ligne égyptienne. Cela lui permit d’atteindre le canal de Suez et fraya le passage à d’autres commandos de soldats. Ils parvinrent à neutraliser les missiles anti-aériens et antichars et les forces aériennes et les blindés purent reprendre leurs activités. La troisième position égyptienne fut encerclée entre le 16 et le 17 octobre grâce à la mise en place d’un pont flottant.

Sharon prit alors la décision seul d’attaquer Ismaïlia où était postée la seconde armée égyptienne. Il fut vivement critiqué pour ne pas respecter les ordres venant de sa hiérarchie, mais il passe outre et sollicite en direct l’autorisation de Moshe Dayan. Celui-ci donne son accord et la bataille d’Ismaïlia débute. Elle se poursuivra durant 4 jours et la division de Sharon échoue contre un commando de parachutistes, deux bataillons foudre et l’artillerie de la deuxième armée. L’URSS et les États-Unis ravitaillent de façon intensive les armées. Mais la division israélienne progresseet on estime qu’elle se trouve, à ce moment précis, à environ une centaine de kilomètres du Caire.

Du côté du plateau de Golan, l’armée syrienne attaque Israël, forte de 5 divisions et 188 batteries d’artillerie. Les Israéliens ont quant à eux 2 brigades et 11 batteries de défenses à leur actif. 1400 chars d’assaut syriens s’opposent à 180 unités israéliennes. La position du mont Hémon est immédiatement prise par la Syrie. Le plateau du Golan et sa défense deviennent alors la priorité de l’armée israélienne qui a peur que les Syriens ne s’infiltrent trop rapidement en terre israélienne.

De nombreux réservistes sont alors envoyés précipitamment, dans des chars, sur le plateau du Golan. Les Syriens utilisent, comme les Égyptiens, des missiles antichars, fournis par les Soviétiques, mais leurs tirs sont moins précis. Les Syriens pensaient qu’Israël mettrait environ 24 heures à préparer sa défense, mais ces derniers sont sur le qui-vive moins de 15 heures après le début des hostilités. Le premier jour, les Syriens remportent les combats, mais l’armée israélienne tient bon durant quatre jours et se bat pour garder le nord du quartier général de Nafekh. Les Syriens perdent peu à peu du terrain et de nombreux morts sont à déplorer.

Dès le 8 octobre, des hommes israéliens arrivent en masse sur le plateau de Golan et bloquent les attaques syriennes. En deux jours, ils parviennent à la repousser complètement après la frontière, nommée « Purple Line ». La question de poursuivre le combat à l’intérieur des terres syriennes se pose tant la défaite de Shmuel Gonen dans le Sinaï a marqué les esprits. S’il est plus sûr de rester en position de défense, l’armée israélienne ne peut se résoudre à avoir perdu du territoire en Sinaï et à conserver un immobilisme dans le Golan. La frontière est donc franchie le 11 octobre 1973.

Entre le 11 et le 14 octobre, les combats font rage jusqu’à près de 40 km de Damas ce qui nécessita, pour le roi Hussein de Jordanie, l’intervention de ses hommes. Un choix difficile qui induit qu’il envoie du soutien aux Syriens tout en veillant à ne pas se compromettre avec Israël. Mais, l’état israélien non plus ne désire pas de troisième front ouvert. L’Irak envoya également quelque 30 000 hommes pour stopper les armées israéliennes qui gagnaient du terrain. Malgré de lourdes pertes, l’armée israélienne parvient à récupérer le mont Hermon suite à une brèche causée par un bulldozer.

En mer aussi, la bataille fait rage entre les Syriens et les israéliens dès le second jour (7 octobre). Grâce à des navires de pointe, la victoire israélienne est fracassante dans la bataille de Latakia. Cette victoire navale est appuyée par une seconde, le 9 octobre contre les Égyptiens ce qui place les forces de la marine israélienne comme largement supérieures. En ce qui concerne le bilan de la guerre navale, Israël est le grand vainqueur en coulant ou détruisant une quinzaine de bâtiments adverses contre la perte de deux patrouilleurs.

D’autres pays ont contribué à la guerre du Kippour de diverses façons, mais les détails sont assez imprécis. Financièrement, le Koweït et l’Arabie Saoudite se sont positionnés en faveur de l’alliance Egypte-Syrie. Le Maroc a aidé la Syrie en détachant 6 000 hommes. Le Pakistan et certaines troupes palestiniennes ont aussi prêté main-forte à la coalition arabe. La Libye a aussi prêté des chasseurs Mirage a priori vendus par la France, mais cette dernière dément cette information.

L’Algérie prit part à la guerre entre le 9 et le 11 octobre, forte d’un escadron de bombardiers et un de chasse. Puis, 150 chars arrivèrent sur place entre le 17 et le 24 octobre 1973. Après la guerre, l’Algérie et l’URSS aidèrent l’Égypte et la Syrie à se rééquiper militairement. La Tunisie envoya 1200 soldats pour aider l’armée égyptienne dans le delta du Nil et le Soudan, 3 500 hommes. La Corée du Nord et la RDA ont également participé à la guerre du Kippour par le biais de pilotes envoyés sur le lieu du conflit. L’Ouganda aurait également participé à certaines batailles. Les Israéliens ont, quant à eux, pu compter sur les Américains pour faire réapprovisionner après avoir subi de grosses pertes dans le Sinaï.

L’ordre de cessez-le-feu et l’après-guerre

Dès le 22 octobre 1973, le conseil de sécurité de l’ONU appelle au cessez-le-feu. La résolution 338 est adoptée et la validité de la résolution 242 datant de 1967 est maintenue. Des négociations entre l’Égypte, la Syrie, la Jordanie et l’État d’Israël doivent être immédiatement entreprises en vue « d’instaurer une paix juste et durable au Moyen-Orient ». Mais le cessez-le-feu n’est observé que 12 heures après cette demande, soit à 19 heures. Les forces israéliennes n’étaient plus qu’à quelques mètres de la capitale égyptienne. Suite au rapport des vols de reconnaissance soviétique, il fut établi qu’Israël n’avait pas respecté le cessez-le-feu et avait continué de progresser. Les États-Unis demandent alors à l’Égypte de rompre son alliance avec les Soviétiques en échange de la libération de la troisième armée alors encerclée par l’armée israélienne.

L’homme politique soviétique Brejnev fit alors envoyer une lettre au président des États-Unis Richard Nixon entre le 23 et le 24 octobre afin de lui demander de garantir le respect du cessez-le-feu de façon effective. Il fait également du chantage à Nixon en lui disant que si cela ne se passait pas, les Soviétiques s’allieraient à l’Égypte afin d’intervenir sur le terrain. Ce furent les conseillers de Nixon qui prirent des mesures pour apaiser la situation de crise. Les États-Unis firent alors baisser le niveau d’alerte du DEFCON et sollicitèrent Sadate pour qu’il retire la demande d’aide faite à l’URSS. Les demandes seront acceptées dès le 24 octobre au matin et les différentes négociations en cours menèrent à un cessez-le-feu signé par les Nations unies le 25 octobre 1973.

Une contre-attaque de la Syrie était prévue sur le front nord le 23 octobre, mais suite à la demande de cessez-le-feu accepté par Israël et l’Égypte sur le front sud, elle n’aura pas lieu. On estime que tous les combats espèrent à partir du 26 octobre, mais il reste des tensions et on observe quelques salves de tirs anarchiques. De plus, Israël détient toujours la troisième armée égyptienne prisonnière. Des négociations sont alors engagées le 28 octobre entre Israéliens et Égyptiens. Un accord est trouvé pour l’échange des prisonniers de guerre avec les check-points israéliens. S’ensuivit un accord de paix au sommet de Genève.

Israël accepte de se retirer de la zone ouest du canal de Suez et les troupes se replient à partir du 5 mars 1974. À force de négociation Henri Kissinger parvient, le 31 mai 1974, à un accord de désengagement. Les prisonniers doivent être échangés, les Israéliens devront se retirer jusqu’à la Purple Line, et une zone entre-deux est définie et contrôlée par l’ONU. Dans le Golan, des observateurs de l’ONU se rendent sur place afin de préserver la paix fragile, Anouar el-Sadate tiendra un discours à Jérusalem. C’est un discours de paix qui promeut l’entente entre musulmans chrétiens et juifs.

On évalue à plus de 3000 le nombre de morts et a plus de 8000 blessés du côté israélien. En ce qui concerne la coalition arabe, il y a eu 9500 morts et près de 20 000 blessés dans ce conflit.

Quelles sont les conséquences engendrées par la guerre du Kippour ?

À l’issue de la guerre du Kippour, on assiste pour la première fois à des discussions de paix entre dirigeants de pays arabes et israéliens. Les Égyptiens étaient fortement conditionnés par le traumatisme de leur échec lors de la guerre des Six Jours, ces négociations permirent de panser les blessures et de se placer d’égal à égal avec les Israéliens.

Le but de ces négociations fut alors pour les Arabes, d’obtenir ce qu’ils n’avaient pu gagner par la force. Malgré la supériorité militaire d’Israël, la population reste choquée par le commencement du conflit. La trop grande confiance des dirigeants et des militaires reste amère aux yeux du peuple. Les États-Unis ayant soutenu Israël, les pays arabes leur imposent un embargo sur le pétrole qui conduit au choc pétrolier de 1973.

Au sein de l’État hébreu, la guerre du Kippour fut une véritable prise de conscience. Ils comprennent que leur armée n’est pas invincible et leurs services secrets améliorables. Si pour l’état une importante remise en cause, de par le monde Israël chute de son piédestal. Cela se ressent notamment au travers du peu de liens diplomatiques développés par l’État israélien. Même si les États-Unis restent un allié de choix les relations subissent des fluctuations. Le gouvernement israélien est décrié et notamment Moshe Dayan. Il est mis en place une enquête ayant pour but de déterminer précisément le déroulé des événements lors des premiers instants de la guerre du Kippour.

Le rapport paraît le 2 avril 1974 et pointe du doigt les erreurs commises par Israël. Cela induit la démission du général Elazar suite à ses hypothèses hasardeuses n’ayant pas permis de bien jauger de la situation. Deux fonctionnaires des services de renseignements sont également poussés à démissionner. Deux lieutenants-colonels quittent les services secrets et le commandant Shmuel Gonen est démis de ses fonctions pour avoir effectué une manœuvre risquée qui conduit à la capture des troupes. Golda Meir et Mosche ne furent pas inquiétés directement, mais le peuple réclame leur démission. Le Premier ministre démissionne le 11 avril 1974 et Elazar est remplacé par Rabin en juin de la même année.

Malgré la croyance populaire, la guerre du Kippour se présente comme un conflit assez équilibré en termes de force. L’envoi de matériel militaire effectué par les deux grandes puissances mondiales à leurs alliés n’a finalement pas eu un impact décisif sur l’issue de la guerre. Cette guerre démontre que c’est l’humain qui joue un rôle prédominant dans le déroulé des événements. On considère aujourd’hui que ce conflit fut le premier à être mécanisé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il a, en particulier, mis l’accent sur l’importance des services secrets et des effets dévastateurs d’une défaillance de ces derniers. Les tests ont été réalisés si certains ont été validés, d’autres ont servi de brouillon et ne seront pas réutilisés par la suite.

Un grand nombre d’armes récentes ont pu être testées dans cette guerre hautement technologique. Les missiles sont indéniablement efficaces, mais leur force est amplifiée. Les blindés et l’aviation restent les maîtres dans un tel combat. Une guerre se gagne ou se perd au sol et, c’est un enjeu majeur de réussite dans un conflit aussi important que celui du Kippour.

Suite à la guerre du Kippour, Sadate trouve que les négociations obtenues mettent du temps à se mettre en place. Il se rend alors en Israël lors d’un voyage officiel ce qui en fait le premier dirigeant de pays arabes à reconnaître l’État hébreu. Par ce geste, le processus est accéléré et le sommet du Camp David permet de négocier une paix définitive entre les deux états. Elle est ratifiée en 1979 et Israël accepte le retrait de ses troupes au Sinaï afin d’entamer une paix durable avec son voisin égyptien. La Ligue arabe n’accepte pas ce traité de paix entre l’Égypte et Israël, et exclut l’Égypte de l’organisation. Le 6 octobre 1981, soit deux ans après, Sadate est assassiné, pour ce même motif, par des militaires égyptiens.