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mer' 17 Juil' 2024

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“Je suis tout à fait neutre dans ce “conflit”, mais…”: les habits neufs de la vieille accusation antijuive

Yana Grinshpun
Depuis les massacres du 7 octobre commis par le Hamas en Israël, l’antisémitisme s’instille partout, même dans une petite école française.  © FRED SCHEIBER/SIPA / SIPA / FRED SCHEIBER/SIPA

C’est une histoire devenue banale dans la France contemporaine. Une histoire que vivent les enfants juifs et leurs parents.  Une histoire qui démontre clairement que l’avenir des Juifs en France, qu’ils se disent Français juifs ou Juifs français est vraiment compromis.

Dans une école catholique de banlieue, tranquille et sans histoire, où de nombreux élèves vivent dans la diversité, cultivent le vivre-ensemble, se respectent les uns les autres, apprennent la tolérance et l’ouverture à l’autrui, les Juifs ne sont pas très représentés. Un quart des élèves sont musulmans, aucun problème avec les mères voilées qui viennent chercher leurs gamins à la sortie d’école. C’est à peine s’il y a deux familles juives dans toute l’école primaire. Les enfants juifs sont laïques, mais ils ne cachent pas le fait d’avoir de la famille en Israël, de fêter les fêtes principales, de connaître leur histoire, autant que faire se peut à leur âge, d’aller régulièrement en Israël. L’un d’eux apporte du pain azyme à Pâques, raconte l’histoire de la sortie d’Egypte, et tout cela passe très bien.

La semaine qui a suivi le 7 octobre, une prof propose une minute de silence pour les victimes israéliennes du massacre. Les parents des enfants juifs sont rassurés. Mais pas pour longtemps. Le cadet rapporte souvent de sa classe les remarques des élèves du style « vous avez commencé la guerre », « vous avez attaqué les Arabes », « vous êtes méchants », « vous mentez » etc… Étant solide et ayant de la répartie, le garçon répond et se défend. Il va sans dire qu’aucun enfant de 9 ans n’est pas capable de « réfléchir » sur ce genre d’événement, ce sont les discours des parents que les gosses reproduisent.

Les parents haussent d’abord les épaules, la plupart des enfants qui disent ce genre de choses viennent de familles musulmanes. La « cause palestinienne » étant devenue le socle idéologique commun  aux banlieusards et aux bourgeois issus de l’émigration musulmane, leur raison d’appartenir à « la plus parfaite des communautés », difficile d’entendre un autre son de cloche dans la France nourrie par la propagande anti-israélienne depuis des années, où jusqu’aux ouvrages encyclopédiques (voir ici) le révisionnisme historique est à l’œuvre. Tant que la violence physique ou le harcèlement scolaire ne sont pas signalés, les enfants ne sont pas vraiment perturbés ou touchés, ils se « défendent ». Après tout, il faut savoir gérer les expériences négatives et les parents sont les « habitués » de l’antisémitisme permanent et omniprésent dans leur pays natal.

Mais voilà que l’aîné de la famille entend souvent dans la cour de son école :« Vous avez volé la terre des arabes », ce qui sous-entend que « vous » (dans la langue commune, ce « vous » désigne les Juifs et les Israéliens, lesquels sont perçus comme la même « entité ») avez payé pour « le vol », et que finalement si on n’aime pas Israël, et si Israël était attaqué, la raison est celle-ci. Peut-on en vouloir aux enfants qui ne font que répéter ce qu’ils entendent à la maison ?

L’insistance de l’un d’eux, petit « historien » avant l’heure, étant rapportée plusieurs fois, la mère de l’élève juif contacte les parents de son camarade pour savoir d’où lui vient ce « savoir » historique. La conversation avec la mère de l’enfant « historien » est instructive à tous égards. Elle explique que le visionnage des médias avec son fils nécessite des explications et qu’elle lui en donne autant que faire se peut, tout en étant « neutre dans ce conflit ». Et quand la mère de l’enfant juif lui propose de s’instruire plutôt en lisant les ouvrages des historiens, notamment le dernier livre de G. Bensoussan Les origines du conflit israélo-palestinien, ou encore  celui de Nathan Weinstock Terre promise, trop promise, la mère « neutre » répond que les Juifs sont affectés par ce qui se passe et qu’étant directement touchés, ils sont partiaux. Peu importe le statut d’historien reconnu par l’institution, l’un des plus grands spécialistes de la question aujourd’hui est un Juif, il est donc suspect de ne pas être crédible, car « affecté » selon la très savante commentatrice des médias, mère du garçon.

Je voudrais à présent proposer une analyse succincte de ce dont cette conversation est révélatrice.

L’usage des mots

Malgré tous les arguments tarabiscotés des uns et des autres (ceux qui en veulent aux Juifs et ceux qui veulent à tout prix éviter l’amalgame qui consisterait à « confondre » les « Juifs » et les « Israéliens »), il est tout à fait correct d’englober « Juif et Israélien », car Israël est l’Etat des Juifs, un Etat à majorité juive. Un Etat, créé par les Juifs et pour les Juifs, tout en laissant la place et en accueillant ceux qui sont loyaux à Israël, soit les 20% de la population arabe. Il est tout à fait correct de penser que la majorité des Juifs du monde soutient Israël, que ces Juifs font partie du peuple d’Israël etc. Ainsi le pronom englobant « vous » adressé au garçon juif montre-t-il que ce dernier est d’emblée considéré comme « suspect » de toute sorte de méfaits, comme le sont tous les Juifs.  Dire : « vous avez volé les terres des Palestiniens » à un enfant, outre le fait qu’il s’agit d’une fausse information diffusée depuis des années par les médias, que même le très antisioniste Henri Laurens du Collège de France ne mentionne nulle part, signifie que les Juifs sont considérés comme un groupe suspect, voire criminel. C’est une intériorisation inconsciente de la vieille croyance chrétienne, qui n’a pas disparu du paysage mental français et qui a été entretenue sinon réhabilitée par le discours médiatique et le discours politique de la gauche depuis le 7 octobre. Évidemment, les gens ordinaires qui accusent les Juifs de « voler les terres », sans avoir une once de connaissance historique, ignorent les racines de ces discours. Le savoir exige un travail intellectuel de longue haleine, la consommation des croyances est beaucoup plus économique…

L’essentialisation des locuteurs

La mère, qui se prétend « neutre » avance que ni la mère du garçon juif, ni les noms des historiens qui lui ont été objectés, eux, ne peuvent pas être neutres, car ils sont « affectés » par le 7 octobre. Elle prétend donc n’avoir aucun affect dans sa neutralité, mais nie aux Juifs qui soutiennent Israël le droit à tenir une parole digne de foi, malgré leur statut d’experts. Le plus grand massacre génocidaire du peuple juif, commis sur la terre même d’Israël a affecté les Juifs, mais manifestement pas le reste du monde, qui prétend à la « neutralité » et par conséquent, à la lucidité pour juger l’histoire. Georges Bensoussan est juif, il ne peut donc pas être crédible, la mère du garçon juif, une universitaire, est juive, sa parole est donc compromise par le parti pris. En revanche, les sources non citées de la dame « neutre » sont fiables, car non juives. Si la mère en question était musulmane, on aurait pu penser à l’influence culturelle islamique, car le texte fondateur de l’islam parle des Juifs comme de gens menteurs et pervers.  On retrouve ces lieux communs chez de nombreux détracteurs des Juifs d’obédience islamique. Mais ici ce n’est pas le cas. Il s’agit d’une catholique.

Dire que les Juifs sont affectés par le massacre génocidaire est juste. Mais dire qu’ils sont incapables d’analyses et de connaissances historiques parce qu’ils sont partiaux ne revient-il pas à contester aux Juifs la légitimité de leur parole ?  Ne s’agit-il pas de délégitimer cette parole en essentialisant les locuteurs, en supposant que la vérité sur Israël ne peut venir que de non-Juifs ? On ne peut pas être dans la tête des gens pour savoir quelles sont les soubassements de leurs croyances, mais le fait de refuser aux Juifs la possibilité même de dire la vérité parce qu’ils sont juifs, même reconnus par l’institution universitaire, révèle le soupçon inconscient de leur illégitimité existentielle.

Que veut dire ”être neutre” ?

Que veut dire être « neutre » après le 7 octobre (tout en suggérant que les Juifs sont responsables du massacre commis par le Hamas, en croyant que les terres seraient à l’origine du conflit) ? Il n’est pas à exclure que la plupart des gens ne connaissent rien des raisons du massacre génocidaire du 7 octobre qui ne relève pas du conflit territorial, mais de l’injonction claire et précise formulée par le premier article de la charte du Hamas et celle de l’OLP, soutenant qu’il faut se débarrasser de Juifs.

Le premier article de la charte commence ainsi : « Israël existe et existera jusqu’à ce que l’Islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé ». Depuis le début de la guerre, l’extermination programmée des Juifs inscrite dans la charte du Hamas a rappelé à beaucoup l’extermination des Juifs par les nazis.  Les atrocités ont été préparées, programmées et planifiées depuis longtemps. Ces massacres ont annulé tous les marqueurs civilisationnels et la conception commune de ce qu’est l’être humain, en produisant une véritable rupture anthropologique. Depuis, le peuple d’Israël, violé tout entier dans sa chair, mène une guerre contre ceux dont le rêve est de l’anéantir.

Donc que veut dire « être neutre » en pensant que les Juifs y sont pour quelque chose ? Dans le meilleur des cas, c’est proposer « cinq minutes pour Hamas, cinq minutes pour Israël », et dans le pire, cautionner la propagande du Hamas, complaisamment relayée par la plupart des médias occidentaux. C’est feindre d’oublier que les otages sont détenus à Gaza parmi lesquels des enfants, c’être atteint d’une étrange cécité qui ne permet pas de voir que le Hamas ne demande pas de « terres », mais la disparition d’Israël.

Être « neutre » signifie verser dans une sorte de négationnisme bon teint, c’est donner dans le révisionnisme sans le savoir et sans vouloir savoir, pour ne pas être ébranlé dans ces certitudes vertueuses.

Être « neutre », c’est préférer le voyage à Auschwitz, pour contempler les Juifs morts, et c’est préférer cette visite à un voyage en Israël, pour voir pour quoi se battent les Juifs vivants.

Être « neutre », c’est faire comme un prêtre polonais rencontré par le père Patrick Desbois, (ce grand catholique français qui a tant fait pour préserver la mémoire des Juifs tués par balles), qui disait être touché par l’existence des camps de concentration « parce que la fumée des fours dérange(ait) sa mère. »

Je voudrais terminer cette analyse par la phrase de Manuel Valls, ni Juif ni Israélien, mais vraisemblablement « affecté » par le 7 octobre : « Le meilleur moyen de combattre l’antisémitisme aujourd’hui est de défendre Israël ». Si ce n’est pas fait, il y a fort à parier que la jeunesse juive de France quittera la France dans des délais pas si éloignés.

© Yana Grinshpun

Source: le Point

https://www.lepoint.fr/debats/je-suis-tout-a-fa

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