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Christine Clerc: “Nos grands silences inquiètent nos amis juifs”

Christine Clerc. Fabien Clairefond

TRIBUNE – Depuis la marche républicaine organisée après l’attentat contre Charlie Hebdo en 2015, la rue reste passive face aux atrocités commises par les islamistes sur notre sol et en Israël, déplore la journaliste Christine Clerc*.

Quand Mohammed Merah, attrapant par les cheveux la petite fille de 6 ans, l’a abattue comme trois autres personnes de l’école juive de Toulouse, nous ne sommes pas descendus dans la rue pour afficher à la fois notre indignation et notre fraternité et crier «Plus jamais ça !». C’était le 19 mars 2012, il y a un peu plus de onze ans.

Samedi soir sur BFM, le propre grand-père de la petite victime qui serait aujourd’hui une adolescente en classe terminale le rappelait avec une tristesse infinie : depuis l’horrible tuerie de Toulouse, 273 Français sont tombés sous les coups de couteau d’islamistes. Plus de 1200 ont été grièvement blessés. Et nous n’avons manifesté notre soutien qu’une seule fois : au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo , qui avait fait, le 7 janvier 2015, 7 victimes, journalistes et dessinateurs tombés pour la liberté d’expression et le droit de caricaturer les religions et Mahomet lui-même.

Le 11 janvier cette année-là, nous étions près de 1 million à participer à la grande marche républicaine de la Bastille à la République menée par le président François Hollande au bras de la chancelière allemande Angela Merkel. C’était il y aura bientôt neuf ans. La flamme républicaine se serait-elle, depuis, éteinte ? Ou bien l’antisémitisme, si souvent déguisé en compassion propalestinienne voire en complaisance islamiste, aurait-il progressé à une vitesse foudroyante ? Au lendemain de l’attaque surprise du Hamas contre Israël, qui a fait, le 7 octobre, 1400 morts et 240 otages, nombre de Français se sont émus, ont parlé fraternité, ont envisagé de manifester, puis se sont tus.

Comme ont fini par le faire le maire et les parents d’élèves du collège de Conflans-Sainte-Honorine d’où sortait, il y a trois ans, le professeur d’histoire Samuel Paty lorsqu’il fut agressé et décapité. Rebaptiser le collège de son nom comme cela avait été évoqué lors des cérémonies à sa mémoire, n’était-ce pas provoquer des troubles ? Mettre en danger les élèves eux-mêmes ? L’assassinat à Arras le 13 octobre d’un autre professeur d’histoire, Dominique Bernard, par un autre islamiste, cette fois d’origine ingouche, allait susciter une nouvelle vague d’effroi.

Pour la liberté de penser

Bientôt, et même si on ne le disait pas, un nombre croissant d’établissements scolaires, à leur tour menacés, allaient devoir engager des vigiles pour surveiller l’accueil. Quant aux établissements juifs, ils étaient, depuis onze ans déjà et parfois bien avant, particulièrement protégés. Mais cela n’empêcherait pas les parents de redoubler de précautions, la plupart du temps en s’interdisant le port de la kippa et en l’interdisant à leurs fils. En moins d’un mois, le nombre d’agressions de Juifs en France allait d’ailleurs plus que doubler par rapport à la moyenne enregistrée depuis dix ans pour atteindre, à l’heure où j’écris, le chiffre de 847 victimes le 3 novembre.

Une consœur dont le nom révélait les origines juives, ce qui lui avait valu des lettres de menaces, une inscription sur sa boîte aux lettres et même la visite surprise dans son immeuble de deux femmes voilées, avait fini par se résoudre à déménager et à changer de nom. Cela se passait en septembre. Et en novembre, nous n’avions toujours pas manifesté contre l’islamisme et pour la liberté de penser !

C’est qu’il nous fallait du temps pour mieux nous informer et mesurer notre pensée et nos propos en pensant à la fois à nos 500.000 compatriotes juifs et à nos 5 millions de compatriotes issus d’Algérie, d’Afrique ou du Moyen-Orient et pour la plupart musulmans. Jour et nuit, aussi, nous hantait la question de la sécurité des Français encore prisonniers là-bas, alors que 40 d’entre eux ont déjà succombé sous les coups des terroristes du Hamas, parmi les 1400 victimes israéliennes des premiers jours, bébés décapités, femmes dénudées et violées, hommes torturés, aux corps entassés à l’arrière des camions des tueurs et exposés aux photographes comme même les nazis n’avaient pas osé le faire avec leurs victimes juives. Il nous fallait du temps enfin pour imaginer les conséquences nationales et mondiales du conflit. Comment le nier ? La peur rôdait à nouveau.

“Celui qui voit ce qui va advenir”

Tandis que l’avocat Alain Jakubowicz, ex-président de la Licra, s’écriait, bouleversé :  “Pourquoi nos concitoyens ne nous manifestent-ils pas leur solidarité en participant à des rassemblements en France?, le grand rabbin Haïm Korsia tentait, inlassablement, d’apaiser le climat en citant Camus : “Quel est le sage ? celui qui voit ce qui va advenir“. Il avançait cette proposition : que toutes les familles de France gardent une place vide à table pour accueillir, le jour venu, un otage de retour. Et d’ici là, pour penser à eux chaque jour…

En attendant, on se garderait bien de descendre dans la rue. Bientôt, on aurait honte de dire et même de penser que, l’Algérie ayant fait alliance avec Poutine, l’Égypte étant tombée sous le joug des islamistes assassins d’Anouar el-Sadate, comme la Tunisie et bientôt le Liban, Israël, quoi qu’on pût penser des choix suicidaires de Benyamin Netanyahou, était peut-être un dernier rempart…

Mais pour les supporteurs français du Hamas, qui attribuent à l’ennemi le martyr de la Palestine et revendique déjà 9500 victimes de Tsahal dont 3900 enfants à Gaza, il fallait au contraire profiter d’un moment de stupeur pour prendre l’ascendant. On disait Jean-Luc Mélenchon en baisse dans l’opinion ? Il l’était en effet. Dans plusieurs sondages, publiés ces dernières semaines par Le FigaroValeurs actuellesParis Match ou La Croix, il recueillait jusqu’à 62% d’opinions négatives. Même ses premiers supporteurs, comme l’avocate Raquel Garrido et le député de la Somme François Ruffin, critiquaient désormais ouvertement l’amoureux des pays d’Amérique latine, se posant en “Lider Maximo” : Mélenchon “nuisait, disaient-ils, à leur parti.

D’ailleurs, observait l’un des plus grands connaisseurs de l’histoire des opinions françaises et de leurs variations, le directeur du département opinion à l’Ifop, Jérôme Fourquet (Prix Aujourd’hui 2023 pour son ouvrage La France d’après, Seuil), l’ex-brillant candidat à la présidentielle avait perdu une partie de ses jeunes supporteurs diplômés pour gagner un nombre croissant d’électeurs d’origine immigrée, en majorité musulmans.

Pas la haine, mais la réconciliation

C’était pour lui une fragilité, puisque cela réduisait sa capacité d’agir et de discourir. Mais c’était aussi, c’est toujours, à l’heure où de plus en plus de Français semblent basculer vers la cause propalestinienne et anti-israëlienne, une occasion de rebond. En tout cas, Mélenchon l’a saisie. Samedi, la manifestation “pour la paix et pour le soutien au peuple palestinien” organisée par la CGT, la gauche et l’extrême gauche de la Bastille à République a revendiqué plus de 50.000 participants. Les organisateurs avaient pris soin, cette fois, de bannir les banderoles anti-juives et les caricatures, comme celles qu’on vit apparaître il y a déjà quatre ans dans les manifs mélenchonistes, du président Emmanuel Macron en banquier juif au nez crochu et aux poches débordant de dollars…

Il s’agit désormais, clame le tribun, de “mettre fin à d’épouvantables bombardements afin que le génocide cesse“. Comment ne pas songer à Simone Veil ? Toute sa vie alors que, déportée à 17 ans à Auschwitz, elle avait vu mourir sa mère au camp tandis que disparaissaient son père et son frère, elle se battit pour enseigner aux Français l’amour de la France. Invitée dans les écoles, où on lui demandait de raconter son passé, elle racontait les familles de résistants qui avaient caché des Juifs. Elle n’enseignait pas la haine, mais la réconciliation. Elle disait qu’on pouvait être fiers d’être Français.

© Christine Clerc

*Dernier livre paru Domenica la diabolique (Éditions de l’Observatoire, 2021).

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