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Emmanuel Macron sur le divan : qu’en disent les psys et ses proches ?

Le président français au Quai d’Orsay avant une réunion, le 20 juin

Sa décision brutale de dissoudre l’Assemblée, le 9 juin 2024, ravive les interrogations sur une personnalité énigmatique, même pour le premier cercle.

Suggestion de lecture faite récemment au sujet d’Emmanuel Macron : Les Perversions narcissiques, du psychiatre Paul-Claude Racamier. Texte délicieux, il faut dire, dans lequel se trouvent des phrases comme celle-ci : “Cette folie ne manque ni de culot ni de malignité ; réduit à l’état d’ustensile ou de spectateur, autrui est exploité, grugé, disqualifié. Aucun scrupule n’arrête le narcissique en son triomphe ; rien ne lui résiste ; tout lui appartient ; tout doit se soumettre et plier”.  Ou celle-là : “Le moi est mis à feu, comme on le dirait d’une fusée. Le moi se met à flamber”. (Impossible de ne pas penser à ces flambeurs qui jouent et gagnent avec ivresse… jusqu’à tout perdre.) 

Mort en 1996, le Dr Racamier n’est plus là pour commenter sa prose. Sans doute éviterait-il de plaquer ses analyses sur le président de la République et son “passage à l’acte” du 9 juin – si on ose l’expression.

Aucun spécialiste, d’ailleurs, ne prétend défaire les plis, élucider les mystères d’un sujet qu’il n’a jamais reçu. Les hypothèses, elles, sont permises. Nécessaires, même.

En décidant de dissoudre l’Assemblée, Macron révèle en plein jour l’arrogance qu’il ne peut plus contenir, son besoin de gloire et de triomphe. “En créant un tel chaos, Macron oblige, non plus seulement à tenter une critique objective, argumentée de sa politique, mais à se positionner face à sa personnalité”, estime la philosophe et psychanalyste Elsa Godart, qui a consacré un essai au besoin de reconnaissance (Les Vies vides, Armand Colin). “Cela, poursuit-elle, je le vois comme un acte de mort politique. En décidant de dissoudre l’Assemblée, Macron révèle en plein jour l’arrogance qu’il ne peut plus contenir, son besoin de gloire et de triomphe. Le peuple a eu l’audace de lui faire défaut, de ne pas le reconnaître dans sa puissance, il s’en venge et le défie en le plaçant en situation de choix contraint à travers ces élections : nous devrons choisir et assumer une décision que nous ne voulions pas prendre”.  

Et voilà donc la France entière qui verse, déboussolée, dans l’analyse à la hussarde. Un one-man-show permanent.

“Je suis désemparé, car je ne vois pas de raisonnement crédible dans cette décision, confie un ex-Premier ministre. Le défaut d’Emmanuel Macron, c’est sa conviction qu’il peut renverser la table en sa faveur. Le fait de ne pas pouvoir se représenter joue beaucoup dans sa psychologie : il est, depuis 2022, dans une forme de pathos de départ”. 

Commentaire plus rude d’un ancien de l’Élysée : “Il y a chez lui une déprise de plus en plus grande, un renoncement. Il peine à être au rendez-vous de ce qu’exige la fonction de président, il est incapable d’expliquer sa politique, il ne cherche plus qu’à maximiser son bonheur d’être chef de l’État pendant les trois ans qui lui restent. On assiste désormais à un one-man-show permanent : des déclarations martiales sur l’Ukraine à son passage en revue des troupes, seul, le 6 juin, en passant par sa manière excessive d’utiliser la Constitution et son obsession pour les remises de décorations, l’ego trip est sans limite. Sauf que tout le monde voit désormais que le macronisme est réduit à Macron : il restera seul en scène”. 

Non plus seulement solitaire dans son exercice du pouvoir, dérive amplifiée par notre Constitution, mais isolé. Non plus impérieux et grave mais logorrhéique, suspect de caprices et de pulsions, transformant la vie politique en tragi-comédie – en une série, plutôt, pleine de rebondissements grotesques et angoissants. “Tout se passe comme si l’acte du président de la République avait psychiquement autorisé la liquidation de toutes les limites politiques”, note justement dans Le Monde l’essayiste Raphaël Llorca. ll y avait Jupiter mesurant sa parole et retenant ses coups, il y a un méchant gamin capable de jubiler, au lendemain de la dissolution, devant un grand patron : “Je leur ai balancé ma grenade dégoupillée dans les jambes. Maintenant on va voir comment ils s’en sortent…” La phrase, rapportée par “Le Monde” et démentie par l’Élysée, a fait grand bruit.

“On va bien se marrer”

La veille du scrutin, lors du dîner d’État organisé au Palais à l’occasion de la visite officielle du président américain Joe Biden, l’attitude d’Emmanuel Macron avait déjà interpellé Nicolas Sarkozy. Son jeune successeur lui paraissait agité. D’ordinaire, il lui réserve d’ailleurs un aparté à l’issue de ce genre de cérémonial. Pas ce soir-là, comme s’il avait voulu éviter d’être confronté à des personnes susceptibles d’infléchir sa décision de dissoudre l’Assemblée. Alors que Sarkozy prenait congé, il lui avait cependant glissé un énigmatique commentaire, qui prendrait tout son sens moins de vingt-quatre heures plus tard : “On va bien se marrer”. 

Des ministres chevronnés de son gouvernement avaient aussi remarqué que, depuis quelque temps, le chef de l’État ne les consultait plus. Tous lui auraient expliqué qu’il était suicidaire d’en passer par une dissolution. Ceux-là mêmes qui lui avaient conseillé, en janvier, de conserver Élisabeth Borne à Matignon, histoire de garder la cartouche du remaniement pour le lendemain des européennes. “Il est dans la posture d’un Charles X, avance le psychanalyste Roland Gori, auteur de La Nudité du pouvoir (Les Liens qui libèrent). La Restauration avait tenté de renouer avec la tradition des rois thaumaturges, capables de guérir les écrouelles par l’imposition des mains. Le malheur c’est que, pour fonctionner, cette force religieuse du pouvoir a besoin que les gens y croient. Pour Charles X, la foi n’était plus là. Elle n’est plus là non plus pour Macron. En 2015, dans une interview au 1 Hebdo, il expliquait que l’absence d’un roi créait un manque, dans la démocratie française, que seuls les moments bonapartiste ou gaulliste avaient su combler… En quoi il se trompait lourdement : la démocratie vit, au contraire, de cette incomplétude”. 

Il pense détenir le pouvoir de manière quasi religieuse et ne consent à parler que pour évangéliser le bon peuple. Roland Gori

Le roi est nu. Jamais, peut-être, l’image n’aura été si juste. “Il me fait penser à l’Alcibiade dont parle Lacan”, ajoute Roland Gori : “une absence de peur de la castration, une absence de limites. Il pense détenir le pouvoir de manière quasi religieuse et ne consent à parler que pour évangéliser le bon peuple. Son attitude dans les débats est en ce sens assez notable : on lui voit toujours le même geste de la main pour repousser ce qui lui est opposé en disant “Je vais vous expliquer”. Le “en même temps” dont il s’est réclamé peut avoir deux sens : prendre en charge la complexité du monde ou être dans la simultanéité, c’est-à-dire être brutal tout en voulant être aimé. C’est le second qui prévaut aujourd’hui”. 

Tu m’as mis un beau bordel ! 

Incapable d’admettre la contradiction, donc, comme de reconnaître ses torts ? “Il est si attaché à sa liberté qu’il ne tolère pas qu’on lui tienne tête”, se désole un ministre de poids. Quand Emmanuel Macron n’est pas d’accord, il fuit. Ce député Renaissance nous raconte l’avoir appris à ses dépens. Il y a un an, il a transmis une note au président, lui conseillant de bonne foi de former un contrat de gouvernance avec la droite, histoire de récupérer des marges de manœuvre politiques. Depuis, plus de nouvelles du chef de l’État. Il en conclut qu’il ne partageait probablement pas ses vues.

Combien sont-ils à avoir subi un traitement similaire ? À chaque fois que quelque chose ne lui convient pas, il reporte la faute sur les autres. Une ancienne ministreÉtrange, aussi, cette remarque goguenarde de Macron glissée à l’un de ses visiteurs du soir, au lendemain du 9 juin. « Tu m’as mis un beau bordel ! » Un beau bordel ? Cet interlocuteur en reste coi : si c’est de la dissolution qu’il est question, il n’y est pour rien et n’y a été associé ni de près ni de loin ! Le président tenterait-il de mettre son acte à distance, soufflé par les expressions unanimes d’hostilité ? “À chaque fois que quelque chose ne lui convient pas, il reporte la faute sur les autres, relève une ancienne ministre. Pendant le Covid, Olivier Véran a joué le rôle de bouc émissaire ; après la dissolution, c’était au tour de Bruno Roger-Petit”.  L’intrigant conseiller mémoire, qui a encouragé Emmanuel Macron à appuyer sur le bouton de l’arme nucléaire puis défendu ce choix dans la presse, a en effet subi un recadrage en règle du chef de l’État.

Un grand classique

Pourquoi, alors, avoir déclenché ces élections ? Patrick Weil, historien, a écrit Le président est-il devenu fou ? (Grasset). Un essai consacré non pas à Emmanuel Macron mais au président américain Woodrow Wilson, dont Freud, sur la demande d’un ancien diplomate américain, avait cherché à établir le portrait psychologique après que le président avait fait échouer la ratification du traité de Versailles qu’il était pourtant venu négocier à Paris en 1919. “Freud est d’abord réticent, explique Patrick Weil, mais il explique qu’une investigation de cet ordre est légitime lorsqu’un président se retrouve à faire l’exact inverse de ce qu’il avait promis. Ce renversement, on le retrouve aujourd’hui chez Macron, qui avait été élu sur la promesse de tenir en échec l’extrême droite. Le président a également en commun avec Wilson un rapport particulier à ses paroles. Wilson tenait à ce que chacune de ses actions puisse être rattachée à l’un de ses discours, quand bien même elle contredirait le fond du propos. Macron, lui, est capable de dire tout et son contraire. Surtout, l’un et l’autre sont des personnages immensément narcissiques”. 

Un goût certain pour la transgression

Le narcissisme n’est pas une pathologie, ni d’ailleurs un trait fort rare chez un politique. “Il convient de parler plutôt d’une structure de personnalité, souvent bâtie sur des failles affectives précoces et accompagnée d’un talent certain pour l’adaptation et la manipulation, explique Jean-Luc Ployé, psychologue expert auprès des tribunaux et auteur de “La Passion du mal” (Grasset). Le président Macron est très tactile, par exemple, sans qu’il en ressorte grand-chose du domaine de l’empathie. Il manifeste en outre un goût certain pour la transgression, au moins symbolique : on pense évidemment à son mariage, comme à la façon dont il a tué le père en trahissant François Hollande. Je trouve intéressant, aussi, le fait qu’il soit systématiquement en retard, de trente à quarante-cinq minutes. Il faut à tout prix, il l’a lui-même dit, qu’il reste maître des horloges : tout-puissant”.  

Là s’arrête la possibilité de l’analyse, là commence la question des ressorts intimes et celle des accidents d’une vie. “Si Emmanuel Macron me demandait un rendez-vous, écrivait dans “Le Point”, en 2021, le regretté Michel Schneider,  je le questionnerais : d’où vient le fait que, à 40 ans passés, il répète sans cesse une sorte de grand oral perpétuel comme celui qu’il a passé à l’ENA, cherchant à remplir les attentes du jury et à faire ses preuves ? […] Comment un président peut-il à ce point calquer son propos sur ce que l’autre peut ou veut entendre et dire ainsi : “Il y a des violences policières, si ça vous fait plaisir que je le dise” ? Banalement, nous rechercherions dans son enfance ce qui a pu déterminer ce besoin irrépressible de séduire son monde tout en protégeant ses désirs inconscients de l’emprise de l’autre. À qui, à quelle figure parentale adresse-t-il sa demande éperdue de reconnaissance ?”

Je crois davantage à l’hypothèse d’un geste réfléchi de ce que nous appelons en psychiatrie un “chercheur de sensations”.  Patrick Lemoine. “Est-ce qu’il faut être fou pour vouloir le pouvoir ou est-ce le pouvoir qui rend fou ? La réponse est toujours “les deux, mon capitaine”, commente le psychiatre Patrick Lemoine, auteur de “La Santé psychique de ceux qui ont fait le monde” (Odile Jacob). Le besoin effréné de domination est constant chez les politiques : on le retrouve chez tous, de Catherine II à Winston Churchill – qui faisait carrément des phases maniaques lorsqu’il entrait en guerre.

Pour ce qui est d’Emmanuel Macron, je ne crois pas beaucoup à l’idée d’un passage à l’acte mû par une blessure narcissique. Davantage à l’hypothèse d’un geste réfléchi de ce que nous appelons en psychiatrie un “chercheur de sensations”: ce syndrome commun aux parachutistes, aux joueurs de poker ou à tous ceux qui pratiquent des sports extrêmes – et la politique en est un. Macron aime profondément ferrailler, aller au combat, aller au contact. Ce syndrome-là se trouve, par ailleurs, associé à des personnalités dépendantes. Qu’il soit accro au pouvoir, c’est certain. Y a-t-il autre chose ?”

Sa prétention à incarner le récit français

“On parle beaucoup en termes de jeu : pari fou, coup de poker, etc. Je pense plutôt qu’il faut étudier le geste d’Emmanuel Macron en termes de narration, nuance le philosophe Michel Eltchaninoff. De Paul Ricœur, dont il a été l’assistant, Macron a retenu cette idée, qui l’a obsédé, que l’identité individuelle ou collective se construit par le récit – c’est ce que le philosophe appelle “l’identité narrative”. Voyant que sa prétention à incarner le récit français a échoué, Macron décide de raconter et mettre en scène son histoire à lui : ç’aura été l’histoire d’un président qui provoque un coup de théâtre, d’un homme fougueux, flamboyant, étonnant, capable de renverser la table. Les effets de son nouveau chapitre seront peut-être un désastre, mais cela donnera un roman plein de panache – à la Cyrano. Le problème est évidemment qu’il ne songe plus ici qu’à lui-même. Or le récit national s’écrit toujours à plusieurs : ce n’est pas lui qui, in fine, écrira sa propre histoire, mais les électeurs”. 

Après sept années à l’Élysée, Emmanuel Macron demeure un complet mystère, y compris pour son premier cercle. Beaucoup ne le comprennent plus, ou ont arrêté d’essayer. Reste une blessure, profonde, qui, au dire des plus proches, ronge le président : son incapacité à avoir su créer un lien d’affection avec les Français. “Au fond, avance un intime du couple présidentiel, je suis persuadé qu’Emmanuel Macron se dit que, si le Rassemblement national arrive au pouvoir, il sera adulé et son bilan sera revu et applaudi a posteriori.”  De quoi, si l’on poursuit le raisonnement, envisager un retour à l’Élysée en 2032…

PS Dans un autre média, Jean-Pierre Winter, psychanalyste, constate une sidération et une dépression généralisées, exacerbant la méfiance envers les politiciens. Macron, initialement admiré pour son intelligence et sa rhétorique, est maintenant haï pour ses promesses non tenues et ses maladresses communicationnelles. Sa jeunesse et son absence d’expérience paternelle ajoutent à son rejet. Winter voit cette dissolution comme un acte désespéré de Macron pour tester l’amour ou la haine des Français envers lui, illustrant la complexité de leur relation.

Marion Cocquet (avec Mathilde Siraud)

Source: Le Point

https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-m

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