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Renée Fregosi. “Le Sud global, une internationale de substitution pour une gauche à la dérive”

“La gauche occidentale, politique et intellectuelle, présente en effet aujourd’hui une certaine uniformité (à quelques rares exceptions près comme le Danemark ou l’Uruguay)”. 
GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour la philosophe Renée Fregosi, le concept de Sud global s’est transformé en un instrument idéologique utilisé par différents acteurs, à gauche, afin de mobiliser le plus largement possible contre les démocraties occidentales.

Depuis les massacres génocidaires du 7 octobre 2023, les trois proto-totalitarismes iranien, russe et turque soutiennent le Hamas chacun à sa manière et la jeunesse s’est embrasée en «soutien aux Palestiniens», des «rues arabes» aux campus universitaires occidentaux. Le propalestinisme (cette idéologie qui instrumentalise «le malheur palestinien» contre Israël et les Juifs) pénètre à des degrés divers les opinions publiques à travers une compassion alimentée par les images de bombardements sur la Bande de Gaza. Le déchainement de la passion «antisioniste« galvanise des élus jusqu’à tenir des propos ouvertement antisémites, s’affubler systématiquement de kéfiés ou brandir le drapeau «palestinien» dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale française. Après avoir joué son rôle au sein du mouvement tiers-mondiste et des non-alignés dans le cadre de la guerre froide, le propalestinisme fait ainsi figure désormais d’avant-garde du « Sud global ».

À la fois fantasme et réalité, ledit Sud global est en effet avant tout un instrument idéologique utilisé par différents types d’acteurs pour mobiliser le plus largement possible contre les démocraties occidentales dont Israël est devenu comme l’emblème et la victime expiatoire. Dans un contexte mondial en recomposition, la gauche politique décomposée en Europe comme dans les Amériques, trouve alors dans le Sud global une sorte de nouvelle Internationale de substitution subsumant tout ensemble, le défunt Komintern bolchevik, la «Quatrième Internationale» trotskiste jamais advenue et l’Internationale socialiste moribonde.

La gauche occidentale, politique et intellectuelle, présente en effet aujourd’hui une certaine uniformité (à quelques rares exceptions près comme le Danemark ou l’Uruguay). Tandis que les partis socialistes et communistes qui structuraient jadis les scènes nationales et les organisations internationales, soit ont carrément disparu (comme en Italie) soit sont en voie de disparition (comme en France ou au Chili), cette nouvelle gauche est plus «mouvementiste» et informelle dans son organisation que par le passé, jouant en particulier sur l’ambigüité des ONGs internationales prétendument «indépendantes». Par ailleurs, les références de classe et la question sociale, les analyses sur le capitalisme et les projets pour changer le monde, ont fait place aux «questions de société», à une écologie apocalyptique, et plus généralement à la dénonciation sans fin de «la domination de l’Occident judéo-chrétien patriarcal, raciste systémique, islamophobe et colonialiste impénitent».

La social-démocratie dans son ensemble, n’ayant pas trouvé de parade globale à la libéralisation des flux de capitaux, aux délocalisations de la production, à une immigration incontrôlée et à l’offensive islamiste, a cédé le terrain à une gauche de troisième génération dominée par une nouvelle tonalité «révolutionnaire». Opérant une chaîne d’équivalence entre immigré-musulman-colonisé-Palestinien, celle-ci considère cette figure mythique comme l’incarnation des nouveaux damnés de la terre, et elle légitime la violence au nom de «la résistance». Elle a par ailleurs acquis une influence importante dans les milieux médiatico-intellectuels et diffuse en population générale souvent de façon subliminale, tout particulièrement chez les jeunes grâce aux réseaux sociaux. Enfin, soutenue, voire parfois manipulée et financée en sous-main, par des États puissants (ou leurs vassaux) dans leurs stratégies expansionnistes et de conquête hégémonique, cette gauche devenue islamo-gauchiste et woke est un symptôme patent de la mondialisation à l’œuvre depuis les années 80 et qui prend toute son ampleur depuis les années 2000.

L’ONU, est alors devenu tout naturellement un lieu d’expression privilégié de la nouvelle donne mondiale antidémocratique et anti-occidentale, et une référence pour cette gauche New Age. Aussi n’est-il sans doute pas indifférent que l’ancien dirigeant du parti socialiste portugais Antonio Guterres en soit le porte-parole au titre de Secrétaire général. La simple observation de la composition des différents organes onusien et de leur (dys)fonctionnement est par ailleurs édifiante. Le Conseil des droits de l’homme est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre des démocraties et des principes fondateurs onusiens eux-mêmes. La Commission des ONG, elle aussi intégrée par 74% de pays non-démocratiques, accepte en son sein des pseudo-ONG qui font du lobbying en faveur de dictatures, soutiennent des organisations terroristes comme le Hamas, font du renseignement au profit de régimes autoritaires ou d’organisations terroristes, et mènent des campagnes politiques idéologiquement marquées par l’islamisme et l’autoritarisme et/ou en faveur de certains pays parias.

Si désormais l’ONU dans toutes ses instances, a donc fait d’Israël sa cible de prédilection (les résolutions condamnant Israël, sont à elles seules plus nombreuses que toutes celles concernant d’autres pays) l’Unesco et les ONG portent les attaques les plus virulentes et les plus constantes. C’est ainsi que les conférences sur le racisme dite «Durban I, II, III», constituent depuis 2001 la chambre d’écho de l’idéologie propalestiniste, célébrant notamment le mouvement transnational BDS (Boycott-Sanctions-Désinvestissement) particulièrement actif au sein de la gauche radicale française. Diffuseur de cette idée aberrante selon laquelle Israël aurait instauré un apartheid à l’encontre du peuple palestinien, le BDS a ainsi par exemple, inspiré sur ce thème, une résolution hostile à Israël cosignée par 37 députés de gauche, majoritairement de LFI, fin juillet 2022.

En janvier 2024, on a retrouvé à La Haye, Jean-Luc Mélenchon et Jeremy Corbyn pour soutenir l’initiative de l’Afrique du Sud (dont le parti au pouvoir, l’ANC membre de l’Internationale socialiste, en difficulté à cause de sa gestion catastrophique du pays) qui a pris la tête d’une coalition pour entamer « au nom du Hamas », une procédure devant la Cour internationale de justice (CIJ) dénonçant un génocide prétendument mis en œuvre par Israël à Gaza. Et, rescapés mal en point de la débâcle de la gauche «progressiste» européenne, le chef du gouvernement socialiste espagnol et le premier ministre travailliste norvégien, jugeant opportun de «reconnaître» l’État palestinien virtuel alors même que 121 otages israéliens sont toujours aux mains du Hamas, illustrent la sinistre dérive propalestiniste d’une Internationale socialiste pourtant historiquement attachée à la défense d’Israël.

Quant aux espoirs de la gauche socialiste française de se refaire une santé électorale grâce à la candidature de Raphaël Gluksmann aux européennes, ils se heurtent notamment au manque de remise en cause sérieuse des politiques immigrationnistes et de la forme de gouvernance technocratique au niveau national comme européen. Plutôt que de chercher à se rallier la base propalestiniste de LFI, les socialistes feraient mieux d’abord de quitter la NUPES, puis de regarder du côté de la gauche danoise et d’entendre la majorité des Français qui refusent que leur culture universaliste et leurs mœurs libérales soient anéanties par le multiculturalisme et la soumission aux injonctions d’un islam politique. Et plutôt que de se raccrocher au Sud global, la gauche occidentale devrait se coordonner pour lutter contre les ennemis de la démocratie, et proposer des pistes crédibles pour une économie productive durable et l’amélioration du niveau de vie du plus grand nombre.

© Renée Fregosi

Source: Le Figaro

https://www.lefigaro.fr/vox/politique/le-sud-global-une-internationale-de-substitution-pour-une-gauche-a-la-derive-20240531

Renée Fregosi est philosophe, politologue et présidente du Centre européen pour la coopération Internationale et les échanges culturels. Dernier ouvrage paru : “Cinquante nuances de dictature. Tentations et emprises autoritaires en France et ailleurs” (éditions de l’Aube 2023).

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