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jeu' 13 Juin' 2024

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« La politique étrangère de la France n’a plus de ligne directrice »

ENTRETIEN
Avec le sens du verbe qu’on lui connaît, le sénateur des Hauts-de-Seine a, le 22 mai dernier, au Sénat, dénoncé de façon magistrale les errements diplomatiques du gouvernement.

Actualité juive : « Internationalement, la parole de la France a toujours été contre l’obscurantisme et pour la démocratie. Avez-vous le sentiment que c’est toujours le cas aujourd’hui ? », avez-vous demandé au gouvernement lors des questions d’actualité du 22 mai. Quel était le sens de cette question ?

Roger Karoutchi : J’ai toujours considéré que la politique étrangère de la France devait avoir des principes. La France s’est toujours voulue la défenseure des droits de l’homme, de la liberté dans le monde, des démocraties… Mais voilà que depuis quelques années, la chose est moins évidente. Au nom d’un réalisme pragmatique dans un premier temps et, dans un deuxième temps, au nom d’un « en même temps » qui se veut efficace mais qui ne l’est pas du tout, il n’y a plus de ligne directrice. La France envoie son ambassadeur – et le seul d’Europe – à l’investiture de Vladimir Poutine. La France ne dit quasi rien sur la situation des Tibétains et des Ouïghours face à la Chine. La France reconnaît le Hamas comme mouvement terroriste mais ne veut pas remettre en cause ses contributions et ses interventions avec Gaza et l’UNRWA… Sur tous les sujets, on a le sentiment que la France ne sait plus très bien où elle est. Est-elle toujours dans camp occidental, dans le camp de la liberté ? À vouloir soi-disant traiter avec tout le monde, on fi nit par ne plus traiter avec personne. On l’a bien vu en Afrique noire où, depuis deux ans, la France a été éjectée – il n’y a pas d’autre terme – alors que nous étions une puissance relativement respectée.

Qu’en est-il d’Israël ?

R.K. : Israël était un pays vis-à-vis duquel nous étions relativement influent ou, du moins, respecté. La position française est-elle aujourd’hui comprise, respectée, influente ? Non. La voix de la France ne porte plus parce que plus personne ne sait où elle est. Ma question était donc simple. Est-ce que oui ou non, nous continuons à être un pays qui se bat contre l’obscurantisme et pour la démocratie et la liberté dans le monde ? Si tel est le cas, la ligne est parfaitement compréhensible et lisible par tous mais, dans ce cas, on ne se lève pas comme un seul homme pour rendre hommage à Ebrahim Raïssi et on ne dit pas que l’on comprend qu’il y ait des poursuites contre Benyamin Netanyahou, peu importe ce que l’on pense de lui. D’un côté se trouve un État, doté d’un gouvernement démocratiquement choisi, une presse libre, une opposition, et de l’autre, le Hamas, mouvement terroriste reconnu par tous comme tel, qui prend sa population comme bouclier. Et la France ne doit pas accepter cela autrement, l’étape suivante sera de dire que les dictatures et les tyrans sanguinaires sont égaux aux gens librement élus !


La France serait donc, selon vous, prête à des compromissions dans l’espoir de rester audible ?

R.K. : La France est malheureusement prête à des compromissions en pensant préserver ses acquis ou son influence. Or, elle provoque tout l’inverse de ce qu’elle espère parce que toutes ces compromissions la rendent de plus en plus invisible… Les peuples ne sont pas idiots. Ils ressentent les choses. Après mon intervention au Sénat, j’ai reçu beaucoup de messages d’opposants iraniens me disant qu’ils ne comprenaient pas l’attitude du gouvernement français alors qu’ils attendent beaucoup de notre pays. Quel était en effet l’intérêt d’observer une minute de silence pour « le boucher de Téhéran » ?


Jean-Noël Barrot, le ministre délégué chargé de l’Europe, vous a pourtant répondu en défendant la « voix d’équilibre que porte la France » …

R.K. : C’est la nouvelle formule qui remplace le « en même temps » que l’on n’ose plus dire… Cela n’a pas de sens ! L’équilibre entre qui et qui ? Le juste et l’injuste ? La vérité et le mensonge ? Le tyran et le démocrate ? Il n’y a pas d’équilibre à avoir, il faut savoir à quel camp on appartient. Cela ne veut pas dire qu’il faut rompre les relations diplomatiques et économiques avec toutes les dictatures mais, au moins, ne pas donner le sentiment qu’on les comprend et qu’on les soutient.


Ces attitudes posent aussi la question de la sincérité de la France. Croit-elle en la justesse de ses actions ?

R.K. : Ce serait un problème de sincérité si l’on savait quelle était sa ligne. Or, depuis une quinzaine d’années, personne dans le monde ne comprend ce que veut la France. Comment faire la leçon à la Corée du Nord si, en parallèle on paraît ô combien compréhensif avec l’Iran ou la Chine ? Malheureusement, nous ne sommes plus une puissance de premier rang au sens matériel, économique comme nous l’étions il y a cinquante ans. Nous avons toujours en revanche ce pouvoir du verbe et de l’idée. La liberté et les droits de l’homme ont toujours été les fondements de la France. Il ne nous reste que la force mentale, philosophique, intellectuelle que nous sommes en train, hélas, de gâcher. ■ Propos recueillis par Laëtitia Enriquez

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