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Ma parole, les juifs, c’est trop compliqué. Par Laurent Sagalovitsch Via Michel Jefroykin

Laurent Sagalovitsch

Le juif étant déjà un mystère à lui-même, inutile de dire que pour les autres, c’est une énigme insoluble.

Être juif n’a jamais été de tout repos, mais depuis quelques mois, c’est devenu une discipline olympique où, pour triompher, il faut faire montre d’une patience et d’une endurance hors du commun.

Cela était vrai hier, cela le demeure aujourd’hui: le juif ne peut jamais se reposer sur ses acquis. Il lui faut sans cesse se battre pour tenter d’exister et prouver que ses intentions sont louables.

Le destin juif n’a jamais été tranquille. Rares furent les moments dans son histoire où il eut le temps de souffler. Si son seul crime fut de vouloir demeurer fidèle aux commandements de la loi mosaïque, le prix à payer en fut exorbitant. Il a été pourchassé, humilié, vilipendé, exilé, déporté, gazé, et malgré ce déferlement de haine, il a essayé de ne jamais dévier de sa route, obstination qui évidemment a contribué à renforcer encore un peu plus son rejet.

Finalement, il apparaît que le plus grand reproche qu’on puisse adresser aux juifs, c’est de se présenter sous un jour si compliqué qu’au bout du compte, personne n’y comprend rien. Même le juif a du mal à se comprendre. Comment voudriez-vous qu’une personne saine d’esprit puisse comprendre un individu qui tantôt remet son existence entre les mains de Dieu, d’autrefois s’en méfie au point de le renier, voire même refuse de lui accorder tout crédit, attitude apparemment contradictoire qui n’empêche nullement chacun de se sentir pleinement juif?

Comment peut-on être juif et incroyant? Comment peut-on se réclamer d’un Dieu auquel on ne croit pas? Comment peut-on prétendre avoir été choisi d’entre tous pour incarner le Verbe divin et, en même temps, subir catastrophe sur catastrophe, une succession de calamités qui vient contredire la promesse biblique d’être choyé et protégé sur mille générations? Comment être contre Dieu et pourtant avec lui? Comment honorer un Dieu qui ne cesse de vous abandonner à votre triste sort?

D’autres auraient renoncé depuis longtemps. Le juif, non. Il tient à ce caractère équivoque comme à la prunelle de son prépuce disparu. Il s’en réclame, s’en vante, s’en enorgueillit. Il est une contradiction vivante qui forcément interroge et interpelle. Et quand vous rajoutez à cela sa déclinaison entre ashkénazes et séfarades, orthodoxes et modernes, à laquelle vous superposez la création d’un pays bâti sur les cendres de ses récits bibliques, vous obtenez un résultat détonnant qui incendie les imaginaires.

D’avoir survécu à toutes les catastrophes possibles et imaginables confère au juif un caractère inoxydable qui peut effrayer tout comme susciter l’admiration ou le rejet. Voire les trois en même temps. Sinon, comment expliquer les passions déraisonnables dont il est constamment l’objet, cette manière de se retrouver, quoiqu’il fasse ou pense, au cœur de l’actualité?

Des gens très raisonnables par ailleurs peuvent tout à fait tenir des discours incohérents, sitôt s’interrogent-ils sur les juifs en général. Ils bafouillent des inepties si grossières qu’on peine à reconnaître leur intelligence pourtant bien réelle. Comme si le simple fait de parler des juifs rendait fou. Ou provoquait dans le cerveau des sortes de courts-circuits qui empêcheraient la raison d’exercer son magistère.

Cette sorte de folie, parce que c’en est une, peut s’expliquer par la somme des contraires que le juif exalte. Le juif est un mystère à lui-même. Dès lors, comment voudriez-vous que ceux qui ne le sont pas y comprennent quoi que ce soit. Ce serait comme essayer de composer un repas avec des convives qui seraient végétariens tout en ne l’étant pas vraiment mais qui pourtant crieraient au scandale si vous leur serviez un rôti de bœuf. Et qui néanmoins trouveraient à redire si jamais de tout le repas, vous ne leur proposiez même pas un morceau de viande à déguster!

Les juifs sont à l’image de leurs livres sacrés, limpides mais en même temps d’une complexité insondable, apparente contradiction qui donne naissance à une litanie de commentaires auxquels, pour les comprendre, il faut adjoindre une couche de nouveaux commentaires, eux-mêmes si obscurs qu’ils nécessitent l’apport de commentaires supplémentaires, et ainsi de suite, dans une surenchère interprétative qui jamais ne prend fin.

Les juifs sont toujours à la fois en dedans et en dehors. Au cœur de l’histoire et, en même temps, à côté. Cette condition, ils ne l’ont pas forcément choisie mais ils la subissent sans pouvoir s’en défaire. Ils sont les spectateurs et les acteurs d’un drame où on leur fait jouer les premiers rôles alors qu’au regard de leur nombre et de leur importance, ils ne devraient être que des seconds couteaux.

On attend des juifs mille merveilles, mais s’ils les accomplissent, aussitôt on le leur reproche, Israël en étant l’exemple le plus frappant. Qui aurait pu penser que ce minuscule pays construit sur du sable et habité en partie de survivants ayant échappé au pire des génocides puisse devenir un jour un pays moderne capable de résister à toutes les agressions possibles?

Mais d’Israël, on exige l’impossible. De subir des assauts mais de ne pas y répondre. De se défendre mais dans des limites qui de facto amèneraient ses nombreux ennemis à le frapper encore. D’exister mais de ne jamais triompher de ses adversaires. D’incarner encore et toujours ce peuple voué à disparaître mais dont la disparition même serait vécue comme l’annonce de l’Apocalypse.

Bref, les juifs, c’est compliqué.

Très compliqué.

Trop, peut-être.

© Laurent Sagalovitsch – [BLOG You Will Never Hate Alone]

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