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Nous n’avions rien compris et Clément Viktorovitch nous explique: “Ce sont les voix propalestiniennes qui font l’objet d’un traitement de défaveur, d’une campagne de désinformation”

CHRONIQUE. Sciences Po, décryptage d’une désinformation

Entre les lignes
Clément Viktorovitch

Clément Viktorovitch revient chaque semaine sur les débats et les enjeux politiques. Dimanche 5 mai : les événements qui se sont déroulés à Sciences Po, et qui ont fait débat tout au long de la semaine.

Manifestation propalestinienne devant les locaux parisiens de Sciences Po, le 26 avril 2024 (TERESA SUAREZ / EPA)

Quelle histoire ! Quelle polémique ! Commençons par le commencement : le fond. Le mot d’ordre des étudiants de Sciences Po est clair : ils se mobilisent pour protester contre, selon leurs termes, “le génocide en cours à Gaza”. On peut être en désaccord avec l’usage de ce mot, on peut estimer qu’il manque de prudence, voire, qu’il est choquant. Mais je rappelle qu’il s’agit du terme retenu par plusieurs organisations internationales, et non des moindres. La Cour de justice internationale a reconnu, le 26 janvier dernier, un “risque de génocide” à Gaza. La rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens a rendu, le 25 mars, un rapport intitulé “Anatomie d’un génocide”. On voit donc mal à quel titre nous pourrions dénier le droit aux étudiants de Sciences Po d’employer ce même mot.

Certains ont aussi perçu, dans cette mobilisation, des connotations antisémites. Mais sans qu’aucun écrit, propos ou slogan précis ne puisse être rapporté. Tout ce que nous avons, c’est une image : celle d’étudiants brandissant leurs mains peintes en rouge. Un signe dans lequel certains ont voulu voir une référence au lynchage de deux réservistes israéliens à Ramallah, le 12 octobre 2000, lors duquel un Palestinien a levé victorieusement ses mains tachées de sang. La similitude peut être troublante… si l’on oublie que brandir des mains peintes en rouge, c’est un symbole utilisé couramment pour dénoncer un massacre. Le 23 avril dernier, ce signe a d’ailleurs été utilisé… à Tel-Aviv, dans une manifestation de soutien aux otages israéliens détenus par le Hamas !
“Si la seule chose que l’on puisse reprocher sur le fond aux étudiants de Sciences Po, ce sont des mains peintes en rouge, peut-être aurait-il fallu faire preuve d’un peu plus de prudence avant de porter à leur encontre une accusation aussi grave que celle de l’antisémitisme. A fortiori au moment où les authentiques actes antisémites sont, eux, en forte hausse.”

Il n’empêche que, sur la forme, l’occupation d’une université ou d’une grande école est illégale. C’est une atteinte à la liberté d’étudier. Cette mobilisation est initiée par une minorité d’étudiants, qui enfreignent les règles de l’établissement… au même titre que toutes les opérations de blocage dans les facs ! Je rappelle quand même qu’il ne se passe pas une année sans qu’il y ait en France des universités occupées pour une raison ou pour une autre. Là aussi, on peut le déplorer, estimer que rien ne justifie d’enfreindre la légalité. On peut au contraire se réjouir que les étudiants s’engagent pour faire entendre leurs voix. Mais pourquoi le blocage d’un établissement serait-il devenu soudain aussi choquant… alors que, jusqu’à présent, les mobilisations étudiantes n’ont pas suscité, me semble-t-il, de telles condamnations ?

Traitement de défaveur

Les voix propalestiniennes font l’objet d’un traitement de défaveur, voire d’une campagne de désinformation. Car, tout de même, il faut reprendre ce qui se dit depuis dix jours sur Sciences Po. Le Premier ministre Gabriel Attal a parlé d’une “minorité agissante et dangereuse”. Sarah El Haïry, ministre déléguée à la Jeunesse, a prétendu que Sciences Po avait été “mis à sac”, et même “mis à feu et à sang”. Et ce n’est pas tout : François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes, a fustigé “un entrisme, mélange de gauchisme et d’islamisme, qui légitime des propos antisémites”. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a annoncé suspendre les subventions de Sciences Po. Elle estime que la sécurité de l’école est menacée par “une minorité de radicalisés appelant à la haine antisémite”. Éric Ciotti, le président des Républicains, considère que la direction de Sciences Po “donne blanc-seing aux revendications antisémites”.
Comme si la réalité n’avait plus d’importance ! La politique ne se fonde plus sur les faits, tels qu’il est possible de les établir, mais sur ce que les uns et les autres ont décidé d’en dire. Voilà, à mon sens, le constat terrible dont Sciences Po est aujourd’hui devenu le symbole.

© Clément Viktorovitch

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