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Yves Mamou. Bibi en guerre sur trois fronts

Le gouvernement israélien et son premier ministre Benjamin Netanyahou mènent trois guerres simultanées : une guerre offensive contre le Hamas, et deux guerres défensives, l’une contre les manœuvres de l’administration Biden et l’autre contre l’appareil judiciaire allié à l’ultragauche israélienne. Les trois conflits sont en interaction constante.

Le premier ministre d’Israël mène trois guerres simultanément. Toutes ne sont pas de la même intensité, ni de même nature. Mais toutes trois ont la même importance politique, et chacune peut faire dérailler les autres. La première guerre, menée contre le Hamas, dure depuis six mois et représente un succès militaire. Mais la question se pose encore de savoir si cette guerre pourra être menée jusqu’à la destruction du Hamas dans son ultime baston de Rafah et la libération des otages. 

Une deuxième guerre peut empêcher la première d’être menée à bien. Cette seconde guerre est celle que livre le gouvernement des Etats Unis à Benjamin Netanyahou. A coups d’exigences (l’excellence humanitaire pour la population gazaouie), à coups de chantages (les demandes de fournitures militaires ne sont pas toutes satisfaites et les menaces d’une éventuelle interruption sont formulées clairement), les Etats Unis tentent de garder le contrôle du conflit militaire, et exigent que les morts israéliens aboutissent à la constitution d’un Etat Palestinien autour d’une Autorité palestinienne « revitalisée ». 

Une troisième guerre enfin, intérieure celle-là, oppose l’appareil judiciaire israélien allié à la gauche extrême israélienne contre la coalition Netanyahou. Les offensives judiciaires sont menées dans le but non avoué de fragiliser la coalition au pouvoir et dans la rue, l’extrême gauche alliée à certaines familles d’otages organise manifestation sur manifestation pour réclamer la destitution du gouvernement et des élections immédiates. 

Inventaire

1 – La guerre contre le Hamas

L’Iran avait au cours des dernières décennies, installé deux imposants verrous militaires aux frontières d’Israël. Le Hezbollah au nord et le Hamas associé au Jihad islamique palestinien au sud, dans la bande de Gaza. Sur ces deux territoires, des centaines de milliers de missiles étaient et sont toujours pointés sur Israël. Le Hezbollah et le Hamas disposaient également d’imposantes milices de plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Outre ces deux menaces directes, l’Iran a transformé le territoire syrien en champ de missiles tous dirigés contre Israël. Ce premier cercle offensif était doublé d’un second cercle offensif au Yémen et en Irak. Ce dispositif militaire avait pour but, au nom de la « cause palestinienne », de détruire l’Etat d’Israël, d’exterminer sa population et au nom de cette victoire,  l’Iran chiite et perse serait devenu le leader du monde arabe sunnite.

L’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël – on ne sait si elle a été déclenchée sur ordre de Téhéran, ni pourquoi le Hezbollah n’a pas suivi – a été si sauvage et meurtrière (1200 morts, des centaines de femmes brulées vives, violées, torturées) qu’elle a réveillé en Israël les craintes d’une nouvelle extermination. Cette peur mêlée de colère de la population israélienne a ouvert une opportunité. Israël a entrepris de se débarrasser du Hamas, le verrou militaire iranien au sud de son territoire.

Depuis six mois, progressivement, méthodiquement, dans un environnement urbain hostile, et dans un contexte diplomatique international hostile, l’armée israélienne a entrepris de détruire l’appareil militaire du Hamas et le réseau de tunnels qui font sa puissance. Seul, le dernier bastion, Rafah, proche de l’Egypte, subsiste encore. Mais pour donner l’assaut, Israël doit évacuer plus d’un million de personnes.

2 – La guerre contre les États-Unis

L’attitude apparemment amicale des États-Unis envers Israël le 7 octobre 2023, s’est muée en hostilité menaçante au fur et à mesure des progrès militaires de Tsahal. Comme l’écrit Bernard Henri Levy dans le Wall Street Journal « L’idée selon laquelle Washington soutient inconditionnellement Israël est un mythe de longue date… et l’hypothèse selon laquelle les États-Unis poussent Israël à capituler n’est donc pas invraisemblable ».

L’administration Biden n’a eu de cesse d’entraver, de gêner, de conditionner l’offensive israélienne à Gaza. Elle a bloqué Yoav Gallant, ministre de la Défense d’Israël et plusieurs généraux de Tsahal, qui entendaient ouvrir un deuxième front contre le Hezbollah qui canonnait le nord d’Israël. Parallèlement, l’administration Biden a également menacé l’Iran d’une intervention américaine directe s’il apparaissait que les mollahs entreprenaient de généraliser le conflit. « Dont do that » a déclaré Joe Biden. 

A un an des élections présidentielles américaines, Joe Biden n’avait pas envie de voir le Moyen Orient s’embraser. Washington a donc d’emblée cadré le conflit, tant du côté israélien que du côté iranien. Il s’est posé en fidèle allié d’Israël, bloquant les résolutions hostiles au conseil de sécurité et alimentant son allié en armes et munitions. Mais il a aussi multiplié les obstacles à l’action de Tsahal. Washington a obligé Israël a alimenter la population de Gaza, laissant le Hamas voler l’aide alimentaire et continuer de jouer au patrondu territoire. Washington n’a exercé aucune pression sur l’Egypte pour qu’elle ouvre ses frontières aux réfugiés de Gaza et il n’a pas obligé le Qatar, protecteur du Hamas, à faire pression sur l‘organisation terroriste pour qu’elle libère les otages israéliens. Mieux, le Qatar, bailleur de fonds du Hamas, a été désigné par les Etats Unis pour financer une jetée qui permettra d’amener plus facilement l’aide alimentaire à Gaza. Mieux ou Pire, la chaîne israélienne 14 a révélé que l’entreprise al Hissi chargé de construire la jetée dont la construction est confiée au Qatar, est contrôlée par le Hamas. Mieux ou pire encore, fin janvier, les Etats Unis ont sorti de leur chapeau que la meilleure solution à la crise de Gaza était la constitution d’un « Etat palestinien » formé par une Autorité Palestinienne « revitalisée ». 

Rien n’interdit de penser que Washington espérait un enlisement progressif du conflit qui aurait amené naturellement Israël à proposer, de lui-même, un cesser le feu. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. Non seulement, Israël a réduit ses pertes militaires au maximum, mais il a progressivement vaincu militairement le Hamas. C’est à la veille de la bataille finale de Rafah que les Etats Unis ont jeté le masque : la représentante américaine au conseil de sécurité s’est « abstenue » le 25 mars, lors d’un vote réclamant « un cessez le feu immédiat » à Gaza. Parallèlement, la Grande Bretagne a fait savoir qu’elle ne vendrait plus d’armes à Israël.

Les États-Unis continuent de livrer des armes à Israël mais font savoir publiquement que toutes les demandes ne seront pas satisfaites.

Bien sûr, l’administration Biden a fait savoir illico que son vote n’était en rien un vote anti israélien, mais comme l’écrit Mélanie Phillips, analyste britannique, « l’administration Biden a écrit son nom dans les annales de l’infamie en rejoignant ouvertement l’axe du mal contre ceux qui défendent la civilisation ».

3 – La guerre de la gauche et de la magistrature contre Netanyahou 

Les deux éléments de la société israélienne qui étaient résolus à avoir la peau de Benjamin Netanyahou avant le 7 octobre, n’ont pas désarmé après le 7 octobre. La Cour suprême a invalidé début janvier, alors que le pays était mobilisé contre le Hamas, la loi révoquant la clause de « raisonnabilité ». La Cour suprême s’est ainsi arrogé le droit de jeter à bas la réforme qui cherchait à rééquilibrer les pouvoirs au sein de la société israélienne (judiciaire, législatif, exécutif) et de modifier les lois fondamentales affirmant ainsi sa double fonction de législateur et de gardien de la législation. 

Courant mars, l’avocat général a rappelé que la décision gouvernementale de ne pas imposer l’enrôlement des étudiants de la yeshiva allait expirer au 1er avril. En conséquence, un arrêt de la Haute Cour de justice ordonnant l’arrêt du financement gouvernemental des séminaires religieux dont les étudiants ne s’enrôleraient pas entrera en vigueur. Le rappel de cette disposition est bien entendu de nature à exacerber les contradictions au sein de la coalition au pouvoir. Même si les Israéliens de droite et de gauche trouvent l’exonération militaire des Haredis exorbitante, – surtout en temps de guerre -, le but de la manœuvre est de faire craquer la coalition et d’organiser de nouvelles élections.

Parallèlement, la gauche a depuis le mois de décembre recommencé à mobiliser dans la rue pour exiger la libération des otages. Les manifestations sont allées crescendo jusqu’à bloquer l’autoroute principale d’Israël, la Knesset et provoquer des conflits ouverts avec la police. Certaines familles des otages israéliens détenus par le Hamas depuis le 7 octobre se sont joint aux manifestants et ont fait du départ de Netanyahou une exigence politique de base. Des manifestations violentes ont éclaté dans les villes israéliennes les 30 et 31 mars. 

Analyse : le test de Rafah, la gauche, l’humanitaire

Les Iraniens laisseront-ils Israël détruire le Hamas ? 

Dans la stratégie iranienne de domination du Moyen Orient, le Hamas est une pièce maîtresse. Le Hamas, organisation terroriste sunnite, branche gazaouie des Frères Musulmans, n’est pas à proprement parler une création de l’Iran, ni un petit soldat qui obéit à Téhéran au doigt et à l’œil. Mais cette organisation est néanmoins armée par l’Iran et financée par le Qatar, grand allié de l’Iran dans la région. 

Par ailleurs, le Hamas incarne aujourd’hui la  « cause palestinienne ». Sans ce mouvement terroriste est détruit, la « cause palestinienne » moteur de l’impérialisme iranien, n’aura plus de support militant. 

 L’Iran a noué une alliance avec le Hamas à la fin de la guerre civile en Syrie et on voit mal Téhéran renoncer sans rien dire, à l’un des deux verrous qu’elle a constitué autour d’Israël. Par ailleurs, abandonner le Hamas risquerait d’instiller le doute au sein des autres milices iraniennes : qui leur garantira qu’elles ne seront pas abandonnées elles aussi en cas de conflit avec Israël ou les Etats Unis ?  Même le Hezbollah pourrait hésiter à l’avenir à affronter seul l’Etat d’Israël. 

Les Etats Unis de leur côté sont pris en tenaille entre la gauche du parti démocrate qui tempête contre le soutien à Israël et l’Iran qui envoie les Houthis du Yémen désorganiser la circulation des navires commerciaux en mer Rouge. Pour calmer l’aile gauche du parti Démocrate et l’Iran qui cible les navires de commerce et les troupes américaines stationnées en Irak et en Syrie, l’administration Biden verrait bien son « allié » israélien accepter gentiment une défaite à Gaza. 

Mais l’allié israélien n’est pas gentil et a informé son protecteur qu’il irait à Rafah envers et contre tout. Les Etats Unis perçoivent donc aujourd’hui Benjamin Netanyahou comme un obstacle diplomatique direct. D’autant que le premier ministre israélien refuse également l’idée même d’un Etat palestinien, qu’il juge tout à la fois inepte et scandaleuse.

Joe Biden n’a pas de meilleur allié que la gauche israélienne qui manifeste massivement aujourd’hui dans les rues de Tel Aviv et Jérusalem. Lentement à partir du mois de décembre, plus de plus en plus vigoureusement courant mars 2024, la gauche a renoué avec le courant putschiste qui visait Benjamin Netanyahou avant le 7 octobre. Elle ne hurle plus que la « démocratie » est menacée, mais elle accuse le premier ministre de retarder le retour des otages. Elle réclame donc un cesser le feu et un règlement amiable avec le Hamas, le tout accompagné d’élections pour le remplacement de Benjamin Netanyahou. 

Des journaux de gauche comme Haaretz jettent tous les jours de l’huile sur le feu, traitent le gouvernement de coalition de « grotesque » et remettent en question l’intégration des Haredis dans la société israélienne. Pour la gauche, l’ennemi est le religieux (juif).

La division politique d’Israël aura-t-elle des répercussions au plan militaire ? Rien ne permet de l’affirmer ou de l’infirmer. Mais si la direction politique du Hamas sortait indemne de ce conflit – comme la gauche israélienne et l’administration Biden le souhaitent, chacun pour des raisons différentes – le monde arabe comprendrait que les jours de la nation israélienne sont comptés. 

© Yves Mamou

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