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Georges Benayoun. “Nous qui portons notre histoire”

Jeudi 29 mars, 25 semaines depuis les massacres du 7 Octobre, 174ème jour de captivité pour la centaine d’otages qu’on espère encore en vie, là-bas, où qu’ils soient.

Paris, avant l’aube, vue sur la cour, sur les fenêtres de mes voisins. J’envie leur calme, leur sommeil. Il y a plusieurs années, un producteur ami, un soir de fête, m’avait fait comme une déclaration :”Tu ne peux pas savoir la chance que tu as d’être juif”. J’ai d’abord, par réflexe, vérifié derrière moi si les allemands n’étaient pas là et lui demandai pourquoi. “Tu vois, me dit-il, quand je me regarde dans la glace, je vois un mec normal, moyen. Toi, tu portes ton histoire”.

En ce moment, je pourrais lui envier sa normalité.

Depuis quelques nuits, une angoisse lourde insiste, me réveille. Le sentiment presque physique d’être tombé dans un piège, comme une ronde qui se resserre sur nous à mesure que, dans l’ombre de nos ennemis, se révèlent d’autres danseurs inattendus, familles, amis, conseilleurs, experts, débiteurs.

De Doha à Washington, de Londres à Ryad, de Paris au Caire, du “New York Times” au “Monde”, ça négocie, ça échafaude, ça éditorialiste, ça gesticule, ça menace, ça exige ou ça lâche. Je m’étonne toujours qu’Israël soit le seul état souverain auquel on demande de faire preuve de “proportionnalité” pour assurer sa sécurité, sa survie. Par ceux là mêmes qui sortent d’une débâcle en Afghanistan, d’une déroute au Sahel, et qui, pour écraser Daesh (un temps) ont laissé dans les ruines de Mossoul les cadavres de 40.000 civils, hommes, femmes et enfants, sans jamais déclencher l’émotion des opinions. Ils avaient pourtant face à eux le même ennemi, à quelques sourates près, que celui responsable des massacres de juifs à Nova, Beeri ou Kfar Aza.

Qu’importe si c’est à n’y rien comprendre, il faut faire vite, l’ombre de la possible élection de Trump danse sur la planète, sur leurs échecs. Déjà ressortir les plans, en faire le tri, le choix et l’imposer. Qu’importe si le 7/10 a complètement changé la donne, si face à un Islam galvanisé, conquérant et génocidaire, le judaïsme d’Israël, réfuté ou dévoyé à ses extrêmes, traverse une crise identitaire, existentielle.

L’insomnie dernière, la lecture dans le “NYT” du témoignage d’Amit Soussana, otage libérée mais torturée, souillée et violée par des assassins du Hamas, m’a fracassé. La déshumanisation. Devenir une marchandise dont on abuse avant de la monnayer. Il est d’ailleurs effrayant, sur ce point, de voir à quel point tous se sont habitués à ce marchandage immonde -quand il n’est pas macabre-, ces échanges d’otages israéliens encore vivants ou de leurs corps éteints contre des terroristes (fois 100), assassins toujours prêts à remettre l’ouvrage sur leur métier de mort.

Me reviennent, jamais très loin, ces images filmées le 7/10 par les terroristes et projetées par Tsahal. Celles qui m’obsèdent surtout: le corps carbonisé de cette femme figée, le bras en l’air comme si jusqu’à sa mort -que les mots ne peuvent rendre-, elle avait tenté de se défendre. M’enrage alors ce déni de plomb devant les signaux faibles (si peu) qui annoncent la mise au ban des nations d’Israël, et dans d’autres conditions, des juifs, de tous bords malmenés.

Hier, l’Irlande s’est jointe à l’Afrique du Sud dans sa farce contre Israël devant la Cour Pénale Internationale. Plus tôt, au conseil de sécurité, pour la première fois, les États-Unis n’ont pas opposé de véto au cessez le feu réclamé par la Chine et la Russie. Une résolution votée par les autres pays occidentaux peu soucieux que la libération des otages ne soit un préalable. Conséquence, les livraisons d’armes à Israël risquent de se tarir: déjà la Belgique, les Pays-Bas, le Japon, l’Italie, l’Espagne, et il y a peu, le le Canada. À Jérusalem, Netanyahu, qu’importe ce qu’on pense de lui -pas du bien-, n’a toujours pas compris que son maintien à la tête du gouvernement est un sujet majeur de crispation dans les chancelleries amies. Et une vraie douleur pour une grande partie des israéliens.

À Hollywood, alors que Jonathan Glazer, oscar en main, s’appuie sur la Shoah pour oser une comparaison morale entre les nazis et Israël, Spielberg, lui, est “de plus en plus alarmé à l’idée que nous puissions être condamnés à voir l’Histoire se répéter, alarmé à l’idée que nous puissions devoir, encore une fois, nous battre pour avoir le simple droit d’être Juifs”.

Outre-Manche, un acteur juif pressenti pour incarner le nouveau James Bond est agoni d’insultes antisémites, la franchise menacée de boycott.

Ici, la haine du juif s’installe dans le dur, j’ai d’ailleurs acheté un long parapluie. Les Européennes chauffent les nerfs. “Sale youpine”. “Punaise sioniste”. “Ta mère aurait mieux fait d’avorter”. “Retourne dans ton pays, Israël”… Voilà un florilège de messages reçus de militants LFI par la candidate PS, Emma Rafowicz.

Ces élections toujours. LFI, leader de l’antisémitisme français, a décidé de placer la guerre Israël-Hamas au coeur de sa campagne et aligne, à des places éligibles, de fervent.e.s enragé.e.s contre Israël. Avec en tête de gondole une activiste franco-palestinienne militante d’une Palestine adepte “d’une déportation des juifs Israéliens vers leurs pays d’origine”.

Sur les ondes, ai entendu Védrine reprendre des clichés antisémites dignes des Protocoles des Sages de Sion. Ai vu Villepin se dissoudre devant l’insistance des questions d’une journaliste sur ses employeurs, ses revenus. Ai aussi découvert, heureusement, Arthur, mais trop peu d’autres, porter le fer.

Dans la presse, les tribunes fustigeant Israël s’accumulent. La pêche aux “bons juifs” s’est ouverte dès le 8 octobre. De “Libé” au “Monde”, résonnent, au rythme de “Pas en notre nom”, le choeur des organisations juives décoloniales, alibi famélique d’une gauche trahissante, accompagné de juifs paumés, agressés par leur culpabilité.

D’autres voix juives, plus classieuses sur le papier, et dont j’ai pu me sentir proche un temps, s’égarent à se/nous faire mal. Loin des roquettes du Sud et des missiles au Nord, ces “amis d’Israël”, très soucieux de leur image, paniquent à l’idée de pouvoir être assimilés, dans leurs cercles, à la politique “d’apartheid” d’Israël.

Tant, que dans un “Appel à la raison” un peu sentencieux, tout occupés à diaboliser Netanyahu, ils en oublient de désigner le Hamas comme origine du chaos, de se révolter devant l’ampleur et l’horreur des crimes sexuels, de s’inquiéter des otages. Ils préfèrent s’indigner du drame réel que vivent les civils palestiniens, les enfants surtout, ânonnent l’urgence d’un cessez le feu humanitaire auquel ils ne croient pas eux-mêmes avant que d’exhumer, copycat des grandes puissances, des plans cinquantenaires toujours disponibles parce que jamais désirés.

Un monde d’hier, d’il y a 5 mois, une vision idéale, plus mécanique que naïve où, dans un Proche-Orient soudain pacifié, l’ennemi absolu d’aujourd’hui serait un partenaire fiable pour demain. Deux états? Ou, pour d’autres, un seul, binational? Comme si, pour répondre au 7/10, il fallait se précipiter pour entamer des négociations avec un ennemi qu’ils peinent à nommer et qui ne cesse d’appeler à notre annihilation, “from the river to the sea”: “C’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez l’ennemi, vous l’êtes”, écrivait Julien Freund.

Le 7/10 est trop violent pour ceux qui ne peuvent accepter que l’évènement ait rendu leurs certitudes caduques. Qui n’ont pas compris les traumas du peuple, sa sidération. Moi aussi, j’aimerais pouvoir exposer et valider ma vérité en faisant tapis sur l’émotion. Comme au cinéma, plus faciles les pleurs que les rires. Mais comment penser l’après quand l’existence même du pays n’a jamais été autant remise en cause? Dans ce moment instable, impossible, où tout nous encourage à nous recroqueviller sur nos vieilles blessures, à nous raccrocher aux déjà-vus d’exil. Quand ce 7/10 a ouvert des angoisses inconnues en cette terre. Il faut entendre la détresse des parents des victimes, des otages, ceux des soldats tombés, ressentir leurs blessures, accompagner leurs larmes, leurs silences devant les photos. Il va falloir vivre avec les très nombreux blessés, rappels permanents et douloureux des pogroms. Les chérir bien sûr. Il faut se confronter au désarroi des israéliens brisés par les deuils de leurs proches, des amis d’amis, perdus dans leurs vies, celles de leurs voisins, devenues chantiers, à leurs projets vidés de lendemains. À ces habitants du Nord, l’autre front, les oubliés de l’équation, 30.000 qui ont dû fuir leur maisons sous la menace du Hezbollah. À ceux du Sud, qui réinvestissent lentement leur villes et leurs kibboutzim fantômes et martyrisés.

Tous, pour longtemps abîmés par cette barbarie venue ruiner, en direct, l’arrangement sécuritaire construit sur des décennies d’un statu quo illusoire, paré de son dôme de fer et de son arrogance technologique. À en avoir enfoui, très profond, les raisons de leur tenue sur cette terre. “Encore hier, il y a une éternité, nous croyions qu’il suffisait d’être israélien pour être juif. Nous nous sommes trompés”, me disait le père très laïc d’une rescapée de Nova.

Le débat autour de l’identité sera au centre de la “renaissance” d’Israël, c’est, dans ce chaos, la seule chose dont je suis à peu près sûr. Avant de penser l’autre, pour penser l’autre, et pour sortir de cette mise en demeure perpétuelle du qui-vive qui épuise nos jours et nos nuits, il va falloir solder nos comptes, en famille. Et, en référence au premier commentaire de Rachi sur Berechit, faire une mise à jour du projet sioniste pour se tenir droit devant les nations.

Le jour pointe.

© Georges Benayoun

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