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Pourquoi l’Ukraine n’est pas « la Palestine » du reste du monde. Par Kamel Daoud

Algerian writer and journalist Kamel Daoud poses during a photo session in Paris on February 20, 2017. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Michel Jefroykin, depuis Israël, lit le Presse pour nous

Le conflit en Ukraine ne suscite pas autant d’engagement que celui à Gaza. Y aurait-il une guerre juste et une guerre futile ?

Pourquoi le soutien à l’Ukraine n’est-il pas aussi puissant que les soutiens (somme de divers calculs intimes ou collectifs) à la « Palestine », aujourd’hui renommée Gaza ? 

Depuis quelques semaines, Macron plaide l’engagement, dangereux, au sol, la contribution directe, mais il est presque seul dans la tranchée de la troisième guerre théorique. Son argumentaire, il l’a bien simplifié dans ses discours, sans qu’il soit pour autant adopté par l’opinion majoritaire : Poutine ne se contentera pas de l’Ukraine ; la guerre est déjà sur notre sol européen, et l’effet domino d’une défaite serait catastrophique pour l’Europe.

Les similitudes entre la veille défaitiste d’avant l’avènement du nazisme et les parallèles réels ou forcés avec le camp de la négociation et de l’à-plat-ventrisme alimentent soigneusement sa rhétorique. Toutefois, ils ne sont pas très utiles pour les conscriptions. Le constat immédiat est que la guerre pour l’Ukraine n’est pas encore une guerre sacrée.

En face, il y a la « Palestine », c’est-à-dire Gaza, c’est-à-dire la guerre tragique qui y a lieu, entre otages, victimes civiles et radicalités en vis-à-vis. 

Là, la guerre est sacrée justement : elle affole les sens des radicaux et des humanistes. Elle est considérée comme immémoriale depuis au moins un millénaire, et divise les opinions. Elle pèserait même sur le sort électoral de Biden ou sur l’avenir des régimes autoritaires « arabes » fragilisés, ou sur la conscience de chacun. Sa force d’attraction sur les radicaux, les libérateurs imaginaires ou les engagées réels reste puissante, procède de l’affect et des manipulations. On retrouve d’ailleurs de tout dans cette tranchée et, le plus souvent, les plus judéophobes ou les moins informés.

Universalité sélective

Quelle est donc la différence entre l’Ukraine (ou l’Arménie, l’Iran, etc.) et la Palestine ? C’est la question dont se délectent ces sauveurs chimériques de la Palestine dans le monde dit « arabe ».

Ceux qui, par cette formule, résument ce qu’ils attendent de l’Occident et ce qu’ils ne réclament pas d’eux-mêmes, tout en crachant sur cet Occident. L’Ukraine et la Palestine illustreraient donc les deux poids et les deux mesures et dopent la théorie du complot aux yeux des procureurs numériques.

La posture peut se maintenir un moment, mais elle permet surtout de se dérober face à sa propre hypocrisie, commodément projetée sur l’autre. Parce qu’à l’évidence, dans le monde des libérateurs imaginaires de la Palestine, il n’y a pas de place pour les autres causes et les autres morts. On peut facilement leur rétorquer : pourquoi la Palestine et pas le Yémen ou les Ouïghours ou les territoires de Boko Haram, les Iraniennes ou l’Afghanistan et ses femmes emmurées vivantes ? 

Pourquoi cette universalité sélective chez ceux qui font justement le procès de l’universalité sélective de l’Occident ? Bien sûr, confondre les causes est un abus, mais les cloisonner est aussi un tort.

Cependant, la question reste posée : pourquoi soutient-on avec cœur et en chœur la Palestine et pas l’Ukraine ? Y a-t-il une guerre juste et une guerre futile ? Y a-t-il des morts qui valent plus que d’autres ? La question paralyse les hypothèses, car sa pente est dangereuse. Elle jette néanmoins un jeu de lumière crue qui hante les esprits. « Savez-vous pourquoi nous sommes célèbres, nous autres Palestiniens ? Parce que vous êtes notre ennemi. L’intérêt pour la question palestinienne a découlé de l’intérêt porté à la question juive », répondait, à une Israélienne, l’immense Mahmoud Darwich dans un entretien. 

La tragédie de Gaza, aujourd’hui, dans son malheur insoutenable, revitalise la judéophobie même si elle interpelle les consciences. C’est ce qui manquera, entre autres, à l’Ukraine, cet effet d’optique millénaire de la cause palestinienne ou de la question juive. L’Ukraine, l’Arménie ou l’Afghanistan, ou d’autres pays, sont laissés à leur sort par aveuglement et par exclusion, entre quelques autres raisons.

Une armée bien solitaire

Aujourd’hui, l’Ukraine peine à devenir la « Palestine » de l’Europe, par paresse, par lucidité, par le soupçon porté sur la sacralité de sa cause ou par le déni de la menace. En face, la Palestine demeure, pour sa perte, la cause de ceux qui veulent se dédouaner de leur haine, absoudre leur impuissance, rejouer l’épopée de la décolonisation, universaliser l’utopie de l’islamisme ou réclamer la justice et la paix, la vie et le territoire partagés, le droit de vivre pour les Palestiniens et les Israéliens. 

D’un côté, la judéophobie et le remake des décolonisations suscitent les imaginaires guerriers oniriques ; de l’autre, l’Ukraine n’offre pas encore de grandes récompenses : ni une meilleure qualité de vie après la mort, ni un nom clair, ni un triomphe enthousiaste. Macron est encore une armée bien solitaire. Qui ira mourir pour l’Ukraine, on ne sait pas. Qui ira mourir pour la Palestine ? Les Palestiniens. Parce qu’on préfère là encore déléguer la mort et choisir la vie en optant pour les discours creux et l’usage des boucliers humain.

© Kamel Daoud

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/pourquo

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