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Marc Rameaux. Le fardeau de l’homme blanc

Le poème et l’interrogation d’un grand écrivain

En 1899, le grand écrivain Rudyard Kipling publiait un poème resté fameux : The white man’s burdenLe fardeau de l’homme blanc [1].

Ce poème abondamment commenté fit l’objet d’éloges, puis de scandale, enfin de l’amusement associé à des mentalités surannées et représentatives d’une époque lointaine.

Le fardeau de l’homme blanc exprime un sentiment très répandu à l’époque coloniale, pas seulement sous la plume de Kipling et par les Britanniques, mais chez la plupart des politiques, écrivains et penseurs européens de cette période.

Dans cette mentalité, l’Europe occidentale portait la responsabilité et le devoir de civiliser les autres nations, considérées comme subalternes et inférieures. Il s’agissait d’une pensée éminemment réactionnaire, admettant de façon sous-jacente une inégalité naturelle entre les races et plaçant les ethnies blanches au-dessus des autres.

Il est à noter que cette idéologie se considérait comme teintée d’humanisme, de bienveillance et de droiture morale. User de sa supériorité non pas pour écraser les inférieurs, mais pour leur faire profiter de ses avancées, alliant devoir et mission civilisatrice, était considéré comme une attitude noble. 

Les puissances colonisatrices se voyaient à cette époque comme de généreuses donatrices, nullement réactionnaires mais faisant progresser l’éducation, la civilisation et la prospérité partout dans le monde, élevant le niveau général, aidant avec patience et commisération des populations considérées comme inférieures.

Naturellement, le recul de l’histoire nous fait condamner avec raison cette attitude, à la fois pour la hiérarchie implicite qu’elle dresse entre les races et pour le paternalisme hypocrite dont elle use pour se trouver des justifications morales. L’on moqua souvent de la même façon les bigots se vantant de prendre soin de « leurs pauvres » pour se donner une stature éthique.

Il faut cependant rester prudent avant de condamner Kipling de façon lapidaire. En premier lieu, la mentalité qu’il développe dans Le fardeau de l’homme blanc était considérée comme une évidence admise par tous à son époque. 

Je suis tombé il y a quelques années sur un manuel scolaire français du début du XXème siècle, représentant le programme officiel du Ministère de l’Instruction publique (l’ancêtre de notre éduction nationale). Il y était enseigné dans les questions de « Sciences » que l’humanité se subdivisait en quatre races, blanche, noire, jaune et rouge et que la race blanche, dotée d’une supériorité naturelle, se trouvait investie du devoir d’aider et de civiliser les autres. Ceci était enseigné à tous les écoliers de France et considéré comme une vérité « scientifique ».

Jules Ferry, champion historique de la gauche et de l’école publique, commit des discours cette fois ouvertement racistes pour véhiculer cette idée qui paraissait naturelle à l’époque [2], dans des termes que Kipling n’aurait jamais employés. Seul Clémenceau s’y opposa clairement, le bon sens du « Tigre » lui conférant comme toujours ce regard lucide qu’il portait sur l’histoire, sur ce sujet comme sur celui de l’Affaire Dreyfus ou sur la façon de mener la première guerre mondiale. Le discours colonialiste n’était donc nullement le fait de réactionnaires, mais était l’un des fers de lance de la gauche progressiste de cette époque, se considérant comme héritière des lumières, de l’œuvre éducatrice et civilisatrice qui devait élever l’ensemble de l’humanité.

Enfin, dans Le fardeau de l’homme blanc comme dans le reste de l’œuvre de Kipling, l’on trouve une ambivalence, une sensibilité, une inquiétude sourde qui lui fait à la fois tenir un discours et en douter, affirmer la force de sa civilisation mais être conscient de sa fragilité et de la possibilité de sa chute : la signature de ce qui fait un grand écrivain. Il y a chez Kipling une tension permanente entre les préjugés d’un homme de son époque et l’intelligence et la vaste culture d’un grand esprit, faisant tout son charme.

Les meilleurs critiques du poème controversé de Kipling relèvent les passages qui expriment ces doutes: le devoir dont parle Kipling n’est pas uniquement l’expression orgueilleuse d’un paternalisme douteux. Il laisse la place dans les dernières strophes à un dilemme moral, à un doute sur la possibilité de se tromper, à l’ambiguïté hypocrite de masquer derrière l’obligation morale l’avidité brutale comme véritable motivation. 

Les exégètes du poème de Kipling savent que celui-ci est un avertissement lancé aux USA, puissance naissante dont on sent poindre la rivalité avec l’Angleterre. Comme tous les grands esprits, Kipling démontre une extraordinaire capacité de visionnaire, ici celle de la critique contemporaine de la géopolitique américaine. Le véritable « fardeau » n’est pas l’orgueilleuse « obligation morale », mais le dilemme de devoir discerner celle-ci de l’avidité égoïste.

Toute la littérature de Kipling est imprégnée de cette ambivalence, qui en fait l’œuvre d’un grand écrivain, qui le fait toucher à des sentiments universels. Le livre de la jungle est bien plus qu’un livre d’aventures pour enfants, même s’il est aussi cela. Il est un enseignement universel plein de sagesse sur l’état de nature, sur les conditions de la survie, sur le courage. Sur la tension permanente entre le village civilisé et sur les âpres leçons de la jungle, sans que Kipling ne tranche de façon nette, les deux nous apportant d’essentiels enseignements. 

Kipling n’est en rien le héraut à sens unique d’une civilisation triomphante. Il possède cette lucidité bien anglaise de savoir que derrière le gentleman, l’on sent poindre en permanence le sauvage. Que le dualisme entre l’homme civilisé et la sauvagerie de la bête est une leçon d’humilité permanente, s’adressant à tout homme. Les aventures de Mowgli expriment également la fascination et l’admiration de Kipling pour la civilisation des colonisés : c’est un jeune Indien qui est le héros de son roman le plus célèbre et qui fait montre des qualités que l’on ne prêtait à l’époque qu’aux occidentaux.

Le langage universel de Kipling se révèle pleinement dans son magnifique poème « If ». Longtemps décrié comme réactionnaire, notamment par les tenants de l’effacement des identités sexuelles (« tu seras un homme mon fils »), « If » fut compris à la hauteur qu’il mérite par ceux qui savent lire au-delà des apparences, jusqu’à être repris par un Bernard Lavilliers, à l’opposé idéologique de Kipling.

Un poème obsolète ou terriblement contemporain ?

Au-delà de cette analyse littéraire et de la justice qu’il faut rendre à Kipling, Le fardeau de l’homme blanc semble demeurer une œuvre intéressante mais surannée, un écrit valable sur le plan historique et littéraire mais que l’on observe comme l’objet d’un passé révolu.

Il m’est apparu récemment que son titre, Le fardeau de l’homme blanc, pourrait tout aussi bien être celui d’un manifeste Woke, d’un brûlot écrit par des communautaristes d’extrême-gauche.

L’idéologie Woke ne cesse en effet de rappeler que l’homme blanc est porteur en permanence d’un fardeau. Celui de la culpabilité, de la faute. Celui qui justifie que l’homme blanc doive s’agenouiller à chaque événement, s’excuser sans cesse d’être ce qu’il est. 

L’idéologie Woke a ceci de terrible qu’elle reproche à une catégorie de l’humanité sa nature même, tout comme le nazisme reprochait aux Juifs de l’être. Rien n’est pire qu’une accusation ontologique. Un reproche fait sur des actions et des pensées peut encore laisser la place à un débat, même volcanique. 

Une accusation ontologique marque à jamais celui qu’elle poursuit, sans qu’il puisse y faire quoi que ce soit puisque c’est sa nature même qui est mise en cause. Elle ne peut mener à terme qu’à l’extermination, car rien ne peut laver la faute originelle d’être ce que l’on est. 

C’est aussi la raison pour laquelle l’idéologie Woke est accompagnée sans cesse d’un antisémitisme hypocrite, communiant dans la même détestation des blancs occidentaux et des Juifs, arborant cet emblème des résistances de pacotille qu’est le drapeau palestinien même dans des manifestations sans aucun rapport avec celui-ci, exigeant des réparations incessantes et qui ne seront de toutes façons jamais suffisantes, que seuls l’écrasement ou l’extermination pourraient apaiser.

Les séances de génuflexions imposées lors d’événements sportifs sont la matérialisation du titre du poème de Kipling : sous le poids d’un fardeau, l’on finit par ployer. Et pour les Woke, les blancs ont le devoir de ployer, tout comme dans l’idéologie précédente, ils avaient le devoir de civiliser, dans une inversion qui est une similarité, comme le reflet dans un miroir.

Le fardeau de l’homme blanc revêt en définitive exactement la même signification, dans le poème de Kipling comme dans l’idéologie Woke : il est l’expression de la mauvaise conscience occidentale. La seule chose qui les différencie est la conséquence que l’on en tire : devoir de civilisation et d’éducation pour l’un, devoir de châtiment permanent et répété, puis inversion de l’oppression considérée comme le glaive de la justice pour l’autre.

Le fardeau de l’homme blanc reste dans l’ancienne expression comme dans la moderne, une pulsion psychologique permettant d’expurger sa mauvaise conscience et de la compenser par un devoir moral. Dans les deux cas, elle est sous-tendue par une idéologie raciale et raciste stricte, une hiérarchie ethnique à jamais figée. Les esprits superficiels se focaliseront sur le fait que les couleurs sont inversées, dans ces deux idéologies racistes. Les esprits profonds feront simplement remarquer que leurs structures sont parfaitement identiques, unies par un titre similaire, Le fardeau de l’homme blanc.

Les Woke seraient scandalisés d’apprendre que leur structure mentale est finalement identique à celle d’un ultra-réactionnaire colonialiste de l’Angleterre victorienne. C’est pourtant la vérité. A une nuance près, d’importance considérable. Kipling était, comme nous l’avons dit plus haut, bien plus qu’un réactionnaire victorien. C’était un esprit inquiet, visionnaire, alerte, extrêmement cultivé et curieux. Toutes qualités que ne possèdent pas les Woke, incultes, braillards, totalement imperméables au doute. 

Kipling était un esprit suffisamment fin pour percevoir que les morales de Tartuffe de l’idéologie coloniale masquaient de véritables interrogations morales, celles qu’il exprime dans ses doutes, dans les civilisations qui passent, dans ce qui fait la valeur d’un homme. Et ces interrogations s’affranchissent quant à elles de toute hiérarchie ethnique. Elles ne versent cependant pas dans le relativisme civilisationnel : les doutes de Kipling préfigurent les magnifiques écrits de Lévi-Strauss, montrant qu’il faut condamner implacablement toute forme de racisme mais être tout aussi intransigeant et lucide sur les conflits entre civilisations et sur leurs valeurs comparées.

Rien de tout cela n’affleure dans l’idéologie Woke. Ses tenants se considèrent comme d’implacables justiciers investis d’une mission, sans l’ombre d’une remise en question personnelle. Les pires massacres de masse, les génocides et crimes contre l’humanité les plus extrêmes sont toujours le fait de ce type de mentalité. Le wokisme possède un potentiel immense de totalitarisme. Ses tenants sont les SA et SS du XXIème siècle, armés de leur bonne conscience et de leur absolutisme. Les crimes qu’ils commettront seront accompagnés de la certitude des anges. Ils prendront la posture des Résistants parce qu’ils combattent la forme des anciens totalitarismes. Le diable est pourtant trop intelligent pour emprunter deux fois de suite le même costume : seuls les imbéciles se laissent prendre à la forme extérieure.

Les souverainistes sont les véritables anti-racistes

Morgan Freeman répondit à jour à la question d’un journaliste, par une phrase si bien sentie qu’elle est devenue une citation et une référence: 

“Comment faire cesser le racisme ?” demandait le journaliste ?

“En arrêtant d’en parler. Ne vous adressez pas à moi en tant que noir, je ne vous parlerai pas en tant que blanc. Parlons-nous de personne à personne”, répliqua le grand acteur.

Morgan Freeman (le bien nommé) démolit en quelques phrases toute l’idéologie Woke par la seule réponse qu’il faut lui adresser.

Je me plais à mettre en exergue certaines personnalités telles que Freeman, qui représentent un cauchemar absolu pour la gauche communautariste. Ainsi de Candace Owens et de Thomas Sowell, tous deux noirs, brillantissimes et très fermement conservateurs sur le plan politique. 

L’idéologie Woke assigne en permanence les groupes qu’elle prétend défendre à une identité, un statut d’opprimé et une conviction politique qu’elle rend obligatoires. Elle ne respecte pas plus la personnalité et l’individualité de ceux qu’elle présente comme des victimes que celles des « oppresseurs ». Et ne propose comme voie de sortie qu’une inversion de l’oppression et de l’humiliation, une perpétuation du racisme et de sa violence.

Les historiens occidentaux ont une part de responsabilité dans la fondation de cette mythologie : celle de présenter l’occident comme dominant pendant la plus grande partie de l’histoire. La « domination occidentale », qu’elle soit politique, militaire ou culturelle, ne dure que depuis trois petits siècles, quatre tout au plus. 

Au XIIIème siècle, l’empire Mongol fondé par Gengis Khan, poursuivi par son petit-fils Kubilaï Khan, représentait une force politique et militaire jamais atteinte par aucune puissance occidentale, Rome comprise. Le caractère nomade de cette civilisation mongole fit minimiser leur influence culturelle, les présentant comme des barbares seulement doués pour le combat. Les récits de Marco Polo démentent cette vision très occidentalo-centrée : la cour de Kubilaï Khan rassemblait une élite scientifique, artistique et littéraire brillantissime.

Si l’empire Mongol fut démembré à la suite de Kubilaï Kahn, ses répliques au XIVème siècle constituaient des forces encore largement plus puissantes que les royaumes d’Europe. La Horde d’or ou l’empire du terrible Timur Lang (plus connu sous le nom de Tamerlan) représentaient des puissances militaires sans commune mesure avec les nôtres.

Que dire également de la puissance du califat Abbasside ou de celle de l’empire Ottoman ? Pendant de nombreux siècles, ces forces rivalisèrent voire dépassaient fréquemment l’occident sur le plan géopolitique, militaire et culturel.

L’histoire de l’esclavage ou de massacres ethniques, fréquemment invoquée par les woke, prend une toute autre tournure lorsque ces croisements de civilisation sont connus. Leur conclusion n’est nullement que « les blancs » auraient oppressé les autres ethnies. Mais la leçon hélas éternelle que l’homme est un loup pour l’homme : dès lors qu’un groupe humain se trouve en position de supériorité vis-à-vis d’un autre groupe, il ne résiste que très rarement à la tentation d’abuser de cette position et de réduire le groupe dominé en esclavage. 

La traite des noirs ou des occidentaux par le monde arabo-musulman est un point d’histoire maintenant bien connu et incontesté, massif quant aux populations opprimées, dans des conditions souvent bien plus cruelles que tout ce que fit l’occident. 

En matière d’esclavage et de massacre de masse, Timur Lang fut l’un des pires tueurs de l’histoire, faisant baisser la population mondiale de 5% à lui tout seul ! Timur Lang faisait partie de ce syncrétisme entre l’univers mongol et l’univers musulman, né au sein des steppes de l’actuel Ouzbékistan, ayant engendré parmi les plus redoutables conquérants de l’histoire.

Les ethnies d’Afrique noire peuvent apparaître comme éternellement opprimées dans cette grande fresque historique reconstruite. Mais une telle image serait simpliste : l’esclavage de nombreuses populations noires fut le fait de clans noirs rivaux qui les livraient à la traite. Les guerres inter-ethniques contemporaines d’Afrique – par exemple le Rwanda – démontrent qu’aucune ethnie n’est épargnée par la loi d’airain : l’homme est un loup pour l’homme.

Les souverainistes sont les véritables anti-racistes, étant parfaitement lucides sur l’histoire des civilisations, sur la connaissance des lignées historiques, sur ce qui fonde la valeur ou la chute de chaque culture.

Le racisme inversé des woke est la forme la plus profonde et la plus dangereuse du racisme, parce qu’elle rajoute l’hypocrisie à l’ignominie. Jamais la tartufferie de dissimuler la haine de certains autres sous de prétendues vertus morales n’a été portée aussi loin que par les woke. Le procédé était connu, à travers celui des « charités » réactionnaires. Mais le fin du fin est de propager cette idéologie sous des dehors progressistes et révolutionnaires.

Un universalisme abstrait n’est pas la bonne réponse à leur apporter et ceux qui l’emploient – parfois de bonne volonté – sont leurs meilleurs idiots utiles.

Comme le montra magistralement Claude Levi-Strauss, une confusion existe depuis des siècles entre confrontation des civilisations entre elles et appartenance ethnique. Les souverainistes sont les seuls à être parfaitement clairs quant à cet amalgame : il faut affirmer fortement les leçons de l’histoire quant aux conflits de civilisation et rejeter tout aussi implacablement leurs explications ethniques. 

C’est en cela que le Souverainisme est un humanisme : l’universalité de l’homme n’est pas contredite par l’attachement à la nation. La nation est la réalisation concrète de valeurs universelles, leur inscription dans l’histoire réelle selon le génie et l’épopée particulière d’un peuple, d’une lignée à laquelle on sait appartenir. Elle renvoie ainsi dos-à-dos les universalistes abstraits comme les communautaristes tribaux.

Non seulement la clarté et la lucidité dans ce qui fonde la valeur des civilisations – et dans ce qui fonde ou non la nôtre – sont compatibles avec l’anti-racisme, mais elles en sont la condition indispensable. « Je n’ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines ». Quel « militant anti-raciste » aurait le cran d’un Romain Gary pour prononcer une telle phrase de nos jours ?

La désinformation et la calomnie battent leur plein, tantôt portées par de vieilles haines tantôt par des récupérations opportunistes, sur toutes ces questions. On peut se sentir parfois tenté par le découragement devant le nombre et l’acharnement des adversaires, communautaristes woke ou idiots utiles progressistes ne sachant leur opposer que des incantations vides.

Il faut alors se remémorer ces quelques vers. Celui qui les écrivit avait compris mieux que quiconque quel était le fardeau de l’homme. De tous les hommes :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling

© Marc Rameaux

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fardeau_de_l%27homme_blanc

[2] https://www.lepoint.fr/histoire/ferry-jules-1832-1893-22-08-2013-1716224_1615.php

Marc Rameaux est économiste et professionnel des hautes technologies. Il a publié Le Tao de l’économie. Du bon usage de l’économie de marché (L’Harmattan, Février 2020)

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