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« Devoir de mémoire, impératif de décence », par Patrick Haddad, maire de Sarcelles

Comment la commémoration des 80 ans de la rafle du Vel d’Hiv, probablement l’heure la plus sombre de l’histoire contemporaine de notre pays, a-t-elle pu tourner au règlement de comptes politiques le plus mesquin ? N’y avait-il rien d’autre que des clashs stériles à mettre en lumière au regard de ce drame effroyable où la police française parquait pour vouer à la mort sa propre population, ses propres enfants ?

Patrick Haddad, maire de Sarcelles

Non, Macron n’est pas Pétain, La France Insoumise n’est pas l’héritière de l’antisémitisme de l’époque et tous ont eu tort de privilégier les comparaisons douteuses et les tweets assassins à la solennité qui doit seoir à tout moment de communion nationale et au rappel indispensable des faits historiques, aussi glaçants soient-ils. Et c’est même parce qu’ils sont glaçants et parce que la France a mis plus de 50 ans à regarder son histoire en face et à assumer ses responsabilités, qu’il faut en faire la pédagogie.

13 152 personnes furent raflées les 16 et 17 juillet 1942, car juives, et enfermées dans des conditions épouvantables sur instruction du directeur de la police municipale de Paris, Emile Hennequin, lui-même recevant ses ordres conjointement du gouvernement de Vichy conduit par Pierre Laval et des autorités allemandes dirigées par Eichmann. 3 118 hommes, 5 119 femmes et 4 114 enfants. Des enfants que les nazis n’exigeaient même pas dans leurs quotas et dont aucun ne survécut.

Se souvenir, plutôt que participer au chahut ambiant

Au moment où un nouveau lieu de mémoire vient d’être inauguré, la gare de Pithiviers, à partir de laquelle 8 100 juifs furent déportés en huit convois à destination d’Auschwitz, rendons hommage au travail exceptionnel mené par le Mémorial de la Shoah, cette institution qui trouve ses origines en avril 1943 avec la création dans la clandestinité du Centre de documentation juive contemporaine, par Isaac Schneersohn et Léon Poliakov afin de réunir des preuves sur la destruction des Juifs d’Europe. Et posons-nous la question suivante, qu’avons-nous de mieux à faire aujourd’hui : participer au chahut ambiant ou contribuer à perpétuer cette mémoire ?

A Sarcelles, notre choix est clair. Nous avons signé cette année une convention de partenariat avec le Mémorial de la Shoah afin que les habitants, les jeunes en particulier, d’une des villes les plus pauvres et les plus cosmopolites de France, puissent bénéficier d’un accès privilégié aux ressources considérables (centre de documentation, expositions, projections, ateliers pédagogiques, formations…) dont dispose cet établissement sur ses trois sites : Paris, Drancy et Pithiviers, mais aussi en amenant ces ressources ici, à Sarcelles, au plus près de la population.

Nous avons également mis un point d’honneur à commémorer les 80 ans de la rafle du Vel d’Hiv comme nous le devions. Des survivants de la Shoah, dont il faut précieusement sauvegarder les témoignages, sont venus nous raconter l’indicible. La statue-mémorial aux martyrs juifs, installée en 1981 par mon prédécesseur Henry Canacos (PCF) et réalisée par l’artiste Anna Waisman, qui a elle-même, contrairement à la plupart des siens, survécu à la Shoah, a été entièrement rénovée et dévoilée au public sous son nouvel aspect, en présence de la famille de l’artiste.

Face aux vents mauvais, l’éducation

Qu’ont en commun une présidente de département LR, un sénateur PS, un député LREM et un député LFI ? Ils arborent l’écharpe tricolore, symbole de la République, et se doivent en permanence de porter haut ses valeurs. C’est ce qu’ils ont fait dimanche dernier à Sarcelles, d’un bout à l’autre de la cérémonie, en écoutant en outre et avec émotion la prière aux morts récitée par le grand Rabbin du Val-d’Oise.

Evidemment, nul angélisme n’est de mise ici, des vents mauvais soufflent sur notre pays et toutes celles et ceux qui dérapent ou pire encore, dont le fond de la pensée se révèle foncièrement raciste ou antisémite, doivent être mis face à leurs responsabilités et le cas échéant, en assumer les conséquences. Mais le travail de mémoire doit s’adresser à tous, car aucune pédagogie ne se fonde sur l’exclusion. Au contraire, l’éducation et la transmission sont des remèdes profonds à nombre de maux de notre société et doivent donc être diffusées le plus largement possible. Souvenons-nous en avant de prendre la parole publiquement en commémorant chaque année la rafle du Vel d’Hiv. Nous le devons autant aux enfants qui n’en sont jamais revenus qu’à ceux que nous devons protéger aujourd’hui.

Patrick Haddad, bio express

Patrick Haddad est maire (PS) de Sarcelles, conseiller départemental du Val-d’Oise.

Source : lobs

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